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Chapitre 3 : Les grands débats politiques de la Belle Epoque

Chapitre 3 : Les grands débats politiques de la Belle Epoque

Posté le 03.01.2008 par courslille3
Chapitre 3 : Les grands débats politiques de la Belle Epoque
La question nationale et l'entrée en guerre en 1914.

On étudiera dans ce chapitre l'importance de la "question nationale" dans les années 1905-1914, puis les circonstances de l'entrée en guerre en août 1914. La question "nationale" revêt deux aspect, l'un, interne, concerne le problème de "l'identité" française (comment se définit "l'appartenance" nationale, par "l'enracinement" ou par l'adhésion civique ?). On ne s'en occupera pas ici, le problème a déjà été abordé; l'aspect "externe" en revanche retiendra ici notre attention : il s'agit de la question de la paix et de la guerre, liée à celle de l'armée.

I) La question nationale de 1905 à 1914.

Il convient de distinguer trois aspects à propos de cette question : le poids des relations internationales dans l'évolution des mentalités; l'existence de courants nationalistes, tentés par l'aventure guerrière; enfin, la question militaire : la position de l'opinion face au réarmement et au renforcement de l'appareil militaire français, qui apparaît comme nécessaire dans les premières années de la décennie 1910.

A) Les crises internationales se font de plus en plus graves à partir de 1905; cette exacerbation relève de deux facteurs :

- la division des grandes nations européennes en deux blocs hostiles, d'un côté la France, qui est parvenue à rompre son isolement dans les années 1890 en s'alliant avec la Russie; en 1904, l'Angleterre s'est jointe à eux. De l'autre, le bloc des Empire centraux, qui regroupe l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, auxquelles s'est jointe l'Italie. Chaque allié risque de se trouver entraîné dans une guerre par suite des alliances défensives que ces puissances ont signé entre elles.

- la multiplication des crises à partir de 1905, qui trouvent leur origine soit dans les rivalités coloniales, soit dans les problèmes balkaniques, l'enjeu étant alors dans ce dernier cas la survie même de l'Autriche-Hongrie (la guerre de 1914 éclatera à l'issue d'un conflit austro-serbe, lequel faisait lui-même suite au meurtre de l'archiduc héritier de la couronne autrichienne par des ultra-nationalistes serbes, à Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine, alors sous contrôle autrichien).

Il convient toutefois de remarquer que la guerre n'a nullement été considérée comme inévitable par l'opinion publique, jusqu'à la veille même du déclenchement du premier conflit mondial. Il n'y a pas eu, semble-t-il une longue "veillée d'armes" de 1905 à 1914. L'opinion publique avait bien d'autres préoccupations (religieuse, sociale, etc ...). Mais on ne peut nier qu'à partir de 1910, les conflits deviennent de plus en plus fréquents, menant les gouvernants à envisager l'éventualité d'un conflit armé.

B) Les attitudes face à la "montée des périls"
Deux attitudes symétriques, radicalement différentes, se font jour dans deux fractions minoritaires de l'opinion. A l'extrême gauche, l'antimilitarisme lié à l'antipatriotisme (ces deux notions ne recouvrent pas la même chose : on va le voir). A droite, le développement du sentiment nationaliste, qui place l'intérêt de la nation au-dessus de tout, et ne recule pas devant l'idée d'une guerre si celle-ci était à même de renforcer la place de la nation : le thème des "provinces perdues" -perdu de vue depuis les années 1890- connaît alors un incontestable regain.

1. A l'extrême gauche, dans les années 1905-1914, s'était développés un triple sentiment, "l'antipatriotisme", l'antimilitarisme et le pacifisme.
- Le plus radical de ces sentiments, l'antipatriotisme, se manifestait dans certains courants de la SFIO et à la CGT. Il découlait d'une donnée simple, une interprétation radicale de l'internationalisme prolétarien, fondée sur l'idée que les prolétaires n'ont pas de patrie (peu importe en effet l'étiquette nationale de leurs exploiteurs); et par ailleurs, sur la certitude que la prise de conscience de leur exploitation devait conduire les prolétaires de tous les pays à s'unir ("prolétaires de tous les pays, unissez-vous" avait proclamé Marx dès 1848). Mais la réalité ne correspondait pas à cette vision : à la SFIO, les "antipatriotes" de la tendance Gustave Hervé ne représentaient que 10% des mandats dans les congrès du parti. Plus nombreux à la CGT, les antipatriotes firent adopter à Amiens, lors d'un congrès de la confédération syndicale, une motion appelant à l'intensification de la propagande antipatriotique (charte de 1906). Mais les socialistes dans leur majorité conservaient la référence au fait national. "Même l'accord des nations dans la paix définitive n'effacera pas les patries qui garderont leur profonde originalité historique", déclarait Jaurès en 1903.
- L'antimilitarisme, ou rejet de l'institution militaire était forte à la CGT (l'armée avait été affectée au maintien de l'ordre durant les grèces depuis de nombreuses années). Mais à la SFIO, il ne dépassait pas la tendance Hervé. La majorité du parti, suivant en cela Jaurès (l'Armée nouvelle), se prononçait pour une armée démocratique, fondée sur l'idée de milices, où les officiers, ne formant plus une caste séparée, se rapprocherait des soldat-citoyens. L'antimilitarisme ne s'accompagne d'ailleurs pas toujours d'antipatriotisme, et il recule au sein de la CGT après 1911.
- Le pacifisme, enfin, ne prenait que rarement la forme extrême du "défaitisme", c'est-à-dire la volonté d'éviter la guerre à tout prix, même au prix d'une défaite politique et nationale. Hervé, une partie de la CGT, prônaient le défaitisme, estimant qu'en cas de déclaration de guerre, les ouvriers devaient réagir par le refus de répondre à l'appel et par l'insurrection. Mais les défaitismes étaient peu nombreux, la majorité des socialistes restant simplement pacifistes, c'est-à-dire désireux d'agir essentiellement en faveur de la paix dans le cas de crise internationale aiguë. Les socialistes proposaient, à court terme, des contacts avec les autres partis "prolétariens" d'Europe, surtout le Parti social-démocrate allemand; à plus long terme, la mise au point d'un système d'arbitrage international pour prévenir les conflits. Mais jamais les partis socialistes européens ne purent s'entendre sur l'idée d'une grève générale, et leurs chefs admettaient fort bien la notion d'une guerre défensive, destinée à sauver l'indépendance de la nation française (ou allemande) et de sa classe ouvrière.
Au total, le mouvement ouvrier et le mouvement socialiste ne sont que faiblement antimilitaristes (tout en étant favorable à une armée "populaire" et "démocratique), très peu antipatriotes (la plupart se réfèrent à la patrie, surtout la patrie révolutionnaire), et dans l'ensemble pacifiste, et non défaitiste (leur grand problème restant de découvrir des procédures permettant de sauvegarder la paix).

2. Le nationalisme semble connaître un renouveau dans les années 1910, on note à cette époque la conversion au nationalisme d'écrivains tels que Charles Péguy, catholique qui avait milité dans les rangs dreyfusards, ou celle d'Ernest Psichari, petit-fils d'Ernest Renan, qui, dans L'Appel des armes fait l'éloge du sacrifice du soldat.
L'influence nationaliste en milieu étudiant est également attestée par la publication d'une enquête réalisée par "Agathon" -ce pseudonyme dissimulait Henri Massis, publiciste lié à l'Action française, mouvement royaliste et nationaliste d'extrême droite. De même, les obsèques de Paul Déroulède, décédé en février 1914, furent l'objet d'une imposante manifestation nationaliste. Mais il semble que cette poussée -avec une résurgence du thème des provinces perdues, exaltations des valeurs guerrières (parlant d'un de ses héros, Psichari écrit : "une résonance lointaine lui revenait qui roulait de toute une profondeur mystérieuse : la guerre est divine")- soit restée circonscrite à certains secteurs de l'opinion, une fraction importante de la jeunesse universitaire, des éléments appartenant aux classes moyennes parisiennes, quelques écrivains importants. Il y aurait donc quelques abus à généraliser ce type de situation.

II) Le patriotisme défensif et l'entrée en guerre

A) Le patriotisme défensif
La patriotisme républicain différait -on a eu l'occasion de le voir- du nationalisme. Contrairement à ce dernier, le patriotisme ne séparait pas la cause de la France de celle de la République et conservait une référence universaliste. Mais dans les premières années de la décennie 1910, ce patriotisme revêt une forme inquiète, celle du "patriotisme défensif", persuadé qu'un grand péril pèse sur la nation et qu'il convient de préparer la défense de la patrie. L'élection à la présidence de la République de Raymond Poincaré, laïque et patriote intransigeant, avec l'appui de la droite et du centre, en est un signe patent en février 1913. Son élection est suivie par une des plus âpres batailles politiques de l'avant-guerre, autour de la loi des "trois ans". Au printemps de 1913, à la demande de l'état-major, le gouvernement Briand, soutenu par Poincaré, porta le service militaire de deux à trois ans. L'effectif supplémentaire ainsi obtenu devait permettre à l'armée française de passer à l'offensive en cas d'attaque allemande. La loi fut votée en juillet 1914, mais les élections d'avril 1914 se firent sur la question militaire, opposant d'un coté les partisans de la loi (la droite et le centre), de l'autre les gauches (radicaux et socialistes). Ces derniers l'emportèrent, mais ne remirent pas la loi en cause. Il convient de remarquer que, d'une part, les partisans des "trois ans" se situaient dans une perspective strictement défensive, une offensive française ne pouvant que constituer une riposte à une offensive allemande. D'autre part, les adversaires de la loi critiquaient bien davantage les modalités de la défense nationale que le principe lui-même, et ne se faisaient nullement les adeptes d'un quelconque "antipatriotisme".

B) L'entrée en guerre
1. La mobilisation : de la tristesse à la résolution.
Jean-Jacques Becker a décrit l'entrée en guerre, critiquant l'image d'Epinal d'un enthousiasme général ("A berlin", répondant au "Nach Paris" des foules allemandes), il a établi que l'annonce de la guerre (1er août) s'était faite dans la consternation et la tristesse ("Voici le glas de nos gars qui sonne" aurait murmuré une vielle campagnarde de la France profonde). Peu de rassemblements joyeux, hormis quelques nationalistes qui se montrent bruyamment sur les grands boulevars. Mais quelques jours plus tard, le départ des mobilisés (jusqu'au 10 août) se fit dans la résolution, sinon dans l'enthousiasme.
La conscience qu'une agression venait d'être commise contre la patrie, et qu'il était donc nécessaire de la défendre, expliquait cette attitude, résolue, mais nullement enthousiaste.

2. L'attitude des grandes forces de l'opinion : les syndicalistes, les catholiques, les socialistes.
- Les syndicalistes présentent le cas le plus spectaculaire de revirement, on a vu les positions de la CGT d'avant-guerre, antimilitariste, voire antipatriotique. Pendant la crise qui précéda l'entrée en guerre (les derniers jours de juillet), la CGT avait appelé à manifester et rappelé son irréductible hostilité à la guerre, conformément au congrès de 1912, qui avait proclamé le refus de la classe ouvrière "d'aller aux frontières". Mais le 31 Juillet 1914, le comité confédéral repousse l'idée de grève générale et le 4 août, le secrétaire général, Léon Jouhaux, déclare son adhésion à la défense nationale. Il semble bien, en réalité, que la plus large partie de la "classe ouvrière" était gagnée aux idéaux de défense nationale, rendant illusoire toute tentative de mouvement allant en sens inverse. Jouhaux devait d'ailleurs donner un sens à cette action, en assimilant la France républicaine à la France révolutionnaire de l'an II, menacée par les souverains coalisés d'Europe et en soulignant le fait que le peuple français ne se battait par contre le peuple allemand, mais contre l'impérialisme et le militarisme germanique.
- Pour les catholiques, l'effort de défense nationale ne posait pas de problème de principe. Au contraire une frange des catholiques était de longue date acquise au nationalisme. Dans l'ensemble, ils liaient étroitement le combat national et le sentiment religieux, en défendant la patrie comme une terre ce catholicité. "La France", écrivait une de leur revue, est "l'infatigable apôtre de l'Eglise", et "le généreux chevalier de Dieu". Il se posait toutefois la question de l'intégration des catholiques à la vie publique, alors que la législation des radicaux en avaient fait des exclus. Très habilement, pour faciliter cette intégration, le ministère de l'Intérieur décida, dès les premiers jours de la guerre, de suspendre les poursuites contes les congrégations non autorisées.
- Les socialistes, durant la crise internationale (la semaine qui avait précédé la guerre), s'étaient référés à leurs idéaux pacifistes et internationalistes, rappelant le principe de la grèce générale. Des rassemblements avaient réuni des milliers de personnes. Jean Jaurès avait tenté d'établir le contact avec les socialites allemands; il fut assassiné à Paris le 30 juillet par un fanatique d'extrême droite. Mais l'annonce de la mobilisation fut aussitôt suivie du ralliement à la défense nationale et le 4 août, les députés socialistes votèrent les crédits de guerre. Si, par la suite, ils s'en justifièrent en invoquant le vote des députés sociaux-démocrates allemands au Reichstag en faveur des crédits de guerre, ils appliquaient logiquement là le principe suivant lequel la défense nationale s'imposait en cas d'agression contre la nation. Comme les syndicalistes, ils expliquèrent leur prise de position comme un combat contre le militarisme et le système autoritaire allemand.

3. L'Union sacrée.
On appelle ainsi la trêve que conclurent les forces politiques en vue de pratiquer ensemble la défense nationale. Le gouvernement la facilita en suspendant les poursuites contre les congrégations non autorisées, ce qui rassura les catholiques. Il s'abstint de procéder, d'autre part, à l'arrestation préventive des leaders syndicalistes soupçonnés d'antimilitarisme -fichés sur un document dit "carnet B". Formés de leaders de gauche majoritairement, il accepte en son sein des adversaires de la veille (des "troisannistes", comme Briand) et surtout des socialistes (les premiers à entrer au gouvernement à l'exception du socialiste dissident Millerand), comme Marcel Sembat ou Jules Gruesde. Les catholiques toutefois n'y ont pas de représentant dans l'immédiat. C'est le président Poincaré qui, me 4 août, prononce le premier le mot "d'union sacrée" : "la France sera héroïquement défendue par tous ses fils dont rien ne brisera devant l'ennemi, l'Union sacrée".



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les crises internationales de 1905 à1914.
Posté par guengane hyppolite le 19.02.2008
le plan sur son exposé.


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