Chapitre 3 : L’Europe dans la civilisation industrielle
Le premier à avoir utilisé le terme de révolution industrielle est Adolphe Blanqui (1798-1834) (frère de Auguste Blanqui (1805-1881), l’« éternel enfermé »), économiste plutôt libéral au contraire de son frère.
Par la suite les historiens utilisèrent ce terme pour désigner d’autres notions. C’est un phénomène apparu en Grande Bretagne qui est une rupture avec les moyens de productions antérieurs, mais les historiens désormais, nuance le terme de révolution/rupture par la désignation d’une période « proto-industrielle » auparavant effectuant une transition avec l’Ancien Régime et le Monde Industriel.
Il s’agit tout de même de mutations complètes avec un ensemble d’innovations techniques et le remplacement du travail humain par des machines qui fonctionnent elles-mêmes sans travail humain et par l’utilisation d’énergie fossile.
Cependant il se pose le problème des temporalités, quand comment la civilisation industrielle ? Quand s’achève-t-elle ? Dans le nord par exemple nous voyons la mine apparaître et disparaître, es-ce que cela correspond à la civilisation industrielle ? Ou au contraire cette civilisation se poursuit-elle et les nouvelles technologies de l’information et de la communication seraient-elles une nouvelle révolution industrielle ?
I) Les principaux facteurs
1) Le rôle de l’Agriculture
L’augmentation de la production agricole est à l’origine de surplus qui a permis un enrichissement des agriculteurs, leur permettant par conséquent d’investir et d’épargner dans de nouvelles techniques, ainsi, une main d’œuvre moins nombreuse fut nécessaire pour les productions agricoles, libérant ainsi une main d’œuvre pour les productions industrielles. De même, la croissance de l’agriculture entraîna une demande matérielle plus conséquente, incitant à produire davantage de machines et à innover pour répondre à cette demande des agriculteurs.
2) Le rôle de la Croissance Démographique
L’industrialisation n’est pas la seule cause de la croissance démographique, mais elle a contribué à cette dernière par l’amélioration du niveau de vie, comme la constaté l’historien de gauche Yves Lequin qui se reposa sur des statistiques complètes sur l’évolution en baisse de la part de l’alimentation sur les ressources disponibles des hommes, montrant ainsi que les hommes pouvaient désormais consacrer davantage d’argent pour des besoins autres que l’alimentation.
C’est également cette industrialisation qui a contribué plus tard à la chute de la croissance démographique par la progression de l’enseignement.
Elle a également contribué à la création de nouvelles classes, une classe ouvrière distincte des artisans, une nouvelle classe moyenne, etc…
Il y eut également des conséquences spatiales avec le développement d’agglomérations industrielles comme Roubaix. Il faut noter que le développement mono-industriel, ce qui contribua tout d’abord à la richesse du Nord, qui fut ainsi le département le plus riche du Second Empire, mais qui fut ensuite une faiblesse lorsqu’un changement d’orientation fut nécessaire, le Nord fut ainsi sinistré lors de la désindustrialisation.
Enfin, l’industrialisation fut également à l’origine d’une immigration économique, polonaise, belge, italienne, avec parfois également des causes religieuses comme le départ de nombreux juifs d’Europe de l’est vers les Etats-Unis en raison des pogroms.
3) L’accumulation du capital
Pour adopter les innovations, cela suppose avoir les moyens et donc l’accumulation primitive du capital. Mais il semble que, au départ, même les entreprises modestes réussissaient, en effet les bâtiments pouvaient être loués, les machines achetées d’occasion ou bricolées, le savoir faire était alors encore important.
4) Le progrès technique
Il est nécessaire en effet d’établir des prototypes avant de pouvoir produire en série un produit. Au « domestic system » prend place désormais un « factoring system » (avec pour transition un « putting of system ») qui favorise le fait que la production soit de plus en plus regroupé en un lieu. L’usine matérialise et symbolise donc la concentration spatiale de la production.
Il faut noter néanmoins quelques problèmes comme les difficultés financières pour investir ou encore l’obstacle humain que constitue les ouvriers qui ne se prêtent pas à cette révolution du travail facilement du fait qu’ils se voient dépossédés de leur savoir-faire par les machines et que leurs employeurs sont cause de pression, ce qui entraîne une résistance par la grève, voir la destruction de machines.
Le travail exige désormais une discipline horaire qui n’existaient pas avant, lorsque les mineurs étaient également agriculteur, l’on peut ainsi noter que la société Trempé a imposé à ses salariés de n’être qu’uniquement mineur afin de faire face à ses difficultés.
La seconde étape est la division scientifique du travail (dst) qui sera établie par Taylor avant d’être appliqué par Ford aux Etats-Unis et par Renault en France (cette dernière était en avance par rapport à la Grande Bretagne en matière automobile).
Les besoins élémentaires sont désormais plus facilement satisfaits et leur part dans les revenus diminue, se vêtir est désormais moins cher car le textile, par un processus de 50 ans, est passé au Factory System et les machines anglaises produisent ainsi en série.
L’ensemble de la famille, même les enfants, trouve leur place dans la production, il faudra en effet attendre les années 1870 pour que la scolarisation soit obligatoire.
5) La révolution des transports
Cette révolution est liée à la politique, grâce à la révolution française d’un système politique et fiscal compliqué la France a créer un marché national dans le cadre des départements plus simples que les précédentes entités. Cette pensée de développement est au cœur du XIXème siècle, comme le montre l’union douanière allemande, le Zollverein.
Dans la révolution ferroviaire, la Grande Bretagne est en avance. On passera des rails en bois fragiles aux rails en fonte.
Ce n’est que dans un second temps que la révolution maritime aura lieu, lorsque les contraintes techniques d’augmentation du tonnage, nécessaire au stockage de charbon, et contraintes énergétiques seront résolues.
En 1869 le Canal de Suez est percé, il permet de raccourcir les distances, l’on gagne en effet trois semaines entre Londres et Bombay. Cela c’est fait dans le cadre d’une coopération franco-anglaise grâce à Ferdinand de Lesseps, qui sera également promoteur du Canal de Panama qui permis de raccourcir le trajet entre New York et San Francisco (avant il fallait passer par le Cap Horn).