Chapitre 2 : Temporalités des sociétés humaines en région aride
L’homme vit depuis très longtemps dans les déserts pourtant plein de contraintes, qui ne sont des contraintes que par le fait que des hommes y vivent, mais il est a noté également la présence de ressources naturelles.
Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d’Arabie (1888-1935), passionné par la péninsule arabique est l’auteur des Sept piliers de la Sagesse (1926) où il décrit le désert comme une terre brûlée et hostile.
On trouve dans les régions arides, mais surtout semi-arides, des densités de populations assez conséquentes qui sont parfois la cause d’un surpeuplement.
Néanmoins les contraintes peuvent être corrigées, preuve des capacités créatrices et d’adaptation au milieu de l’Homme.
Nous nous interrogerons sur toutes les formes d’adaptation des sociétés humaines aux milieux arides, nous nous intéresserons au temps long des Hommes mais également aux temps courts, aux crises d’adaptation de l’Homme vis-à-vis des déserts.
Quels sont les grands types d’occupations traditionnels des déserts ? Qui sont les peuples du désert et comment sont-ils parvenus à s’adapter aux contraintes ?
Comment ces modes de vie évoluent-ils dans le temps, quelles sont les principales ruptures ?
Comment les temporalités humaines interfèrent-elles avec les temporalités naturelles ?
I) Les formes traditionnelles d’adaptation
Les contraintes sont notamment le vent, le manque d’eau est la température, l’Homme est adapté, à l’origine, à un climat où ces contraintes là n’existent pas, ces contraintes ne sont pas naturelles à l’Homme, mais pourtant celui-ci a très tôt habité dans les déserts.
1) L’occupation préhistorique des déserts
A) En différentes étapes
Les déserts qui ont été occupés précocement sont ceux d’Afrique et d’Asie, en raison de leur proximité avec le foyer originel de l’humanité, on trouve ainsi au Sahara des traces d’occupation humaine jusqu’à deux millions d’années.
Celui-ci a été peuplé notamment aux moments des pluviaux, alors qu’il était fuit lors des périodes arides, on observe une adéquation avec les temporalités naturelles.
Les déserts d’Asie, eux, sont peuplés depuis un million d’année.
Les déserts d’Amérique et d’Australie au contraire ont été occupés plus tardivement, et cela ne fait par exemple que depuis 60 milles ans que les aborigènes peuplent l’Australie.
B) Une occupation qui est le fait de nomades chasseurs cueilleurs
L’occupation est le fait de petits groupes humains qui survécurent dans un mode de vie de chasse jusqu’à une période récente. En effet, avant 10 000 BP tous les humains vivaient de la chasse et de la cueillette, mais depuis cette date l’histoire diverge selon les régions, les discontinuités commencent.
L’alimentation est composée de feuilles, de racines, de graines, d’insectes, de chenilles, de mollusques, d’oiseaux, de grenouilles, de lézards, de serpents, de rongeurs, de poissons et de mammifères (comme le Kangourou en Australie).
Des conditions de vie matérielle très difficiles, mais qui permettent tout de même de coloniser les milieux arides et semi-arides.
A quelques exceptions prêt, ce système a presque complètement disparu et ce temps de la Préhistoire a duré plus ou moins longtemps selon les régions, et s’il fut remplacé précocement en Afrique et en Asie, la Préhistoire a durée jusqu’au XVIe-XVIIe siècle en Amérique du Nord et jusqu’au XIXe siècle en Australie.
Cette discontinuité s’appelle la révolution néolithique qui est tout aussi importantes que les révolutions du XIXe siècle, elle se produit au début de l’Holocène par l’invention de l’agriculture et de l’élevage, cette révolution se base également sur d’autres inventions comme la construction d’habitations, entraînant un début de sédentarisation, la poterie en terre cuite, permettant de conserver et d’échanger les aliments et la sélection des espèces animales et végétales.
Cette révolution se développe dans le Croissant fertile, vers 10 000BP et marque le début de la fin des chasseurs cueilleurs.
2) Le nomadisme pastoral
A) Le nomadisme bédouin
Se situe principalement en Arabie et au Sahara, ils ont pour soucis essentiel de nourrir et de faire boire leurs troupeaux (dromadaires, chèvres, bovins). Ce nomadisme se développe au 4e millénaire avant JC, paradoxalement en parallèle avec un début d’aridification croissante du Sahara.
Le bédouin est donc amené à se déplacer sur un énorme territoire à la recherche de pâturages d’acheb. Il s’agit d’une herbe de petite taille formant des prairies en Arabie, avec un cycle très rapide de trois à quatre semaines, elles sont présentes notamment l’été quand il arrive que la moisson parvienne jusqu’aux déserts. Ces achebs suffisent aux bédouins pour satisfaire les besoins de leur troupeau, mais les obligent à transiter sur des espaces très vastes de plus d’une centaine de millions de kilomètres.
Lors des périodes de sécheresse, l’hiver notamment, ils se dirigent vers les périphéries plus humides, comme au Sahel.
Ce mode de vie a aujourd’hui disparu.
B) Le nomadisme des déserts froids d’Asie
Il se développe au premier millénaire avant JC, dans ces déserts froids, la végétation naturelle y est plus développée, les locaux n’utilisent pas de chameaux, mais des chevaux.
Les pasteurs asiatiques sont donc plus mobiles, avec davantage de ressources et donc avec des terrains de parcours moins étendus.
Ils vivent notamment dans des yourtes.
3) L’agriculture traditionnelle, pluviale ou irriguée
L’agriculture pluviale est moins technicienne que l’agriculture irriguée. Les contraintes sont plus grandes pour l’agriculteur que pour le pasteur, car celui-ci est davantage lié à la terre et donc limité aux quelques surfaces pourvues d’eau.
Les contraintes sont dépendantes du niveau d’aridité, il existe ainsi plusieurs systèmes agricoles traditionnels.
l’Agriculture irriguée dans les Oasis
Oasis qui peuvent border un fleuve (le Nil, le Draa), qui existent aux alentours de nappes phréatiques que l’on peut pomper, ou encore dans les massifs (comme l’Atlas).
Elles sont contrôlées par l’intermédiaire de puits et de barrage, l’irrigation consistant à réguler l’eau dans l’espace (canaux) et dans le temps (création de réserves d’eau). Les oasis sont des créations humaines depuis 6 à 7 milles ans.
Ces oasis ressemblent aux huertas sur le plan de l’agriculture, elles ont un réseau de canaux qui nécessitent énormément de travail (pour leur création, et leur entretien) pour seulement quelques petites parcelles. Traditionnellement, et c’est toujours le cas, c’est un travail dur qui s’effectue toute l’année, sans interruption.
Les oasis sont différents les uns des autres, au Sahara elles sont petites car liées à l’existence de puits, elles sont néanmoins très luxuriante et leur végétation est caractérisée par les palmiers dattiers et les arbres fruitiers.
Les oasis de fleuve dominent l’est, comme en Egypte, en Mésopotamie et au Pakistan, elles sont plus vastes et s’étendent le long des fleuves allogènes.
On en trouve aussi en Asie Centrale, leur végétation est caractérisée par une faune plus tempérée, comme les peupliers et les saules.
Enfin, il y en a également au Sud ouest des Etats-Unis, chez les Anasazi et chez les indiens pueblo, grâce aux cours d’eau et depuis environ 1000 ans, créant ainsi une grande civilisation hiérarchisée et centrée autour de l’agriculture.
L’oasis a néanmoins beaucoup changé désormais.
l’Agriculture pluviale dans les régions semi-arides
Elle n’est possible en effet que dans les régions semi-arides car elle dépend uniquement de la courte saison humide de quelques mois qui existent grâce aux moussons. L’agriculture pluviale consiste à égratigner les sols, à l’aide d’outils, comme l’araire, la mise en valeur agricole est donc difficile. Nulle part l’agriculture est continue, comme c’est le cas en Europe et les espaces cultivés sont disparates, ne concernant que les meilleurs sols.
Il s’agit principalement d’une agriculture extensive, de subsistance, susceptible de nourrir qu’une faible population humaine.
La limite géographique de l’isohyète pluviale est d’environ 300 mm/an d’eau, au dessus l’agriculture des céréales reste en effet rentable, en dessous au contraire cette agriculture est fort aléatoire.
Au Sahara cela fait environ 10 000 ans que le mil (céréale) a été domestiquée sur les bords du Sénégal avant de se répandre, il est accompagné secondairement par le blé et l’orge.
On trouve très peu cette agriculture en Amérique, et nulle part en Australie, cela concerne surtout l’Afrique et l’Asie où les modes de vies se sont fortement diversifiés de part leur ancienneté.
4) Le commerce caravanier
Dans certaines régions arides, il existe de longues traditions de routes commerciales, dès le Vème siècle avant Jésus-Christ au Sahara. Et jusqu’au XIXème siècle le commerce Saharien était très actif, notamment sur trois pistes, l’une à l’ouest (Sanégal, Maurétanie, Maroc), une autre au centre (Sénégal, Tombouctou, Maghreb) et la dernière à l’est (Vallée du Nil, vers l’Egypte et la Cyrénaïque).
Quels étaient les produits échangés ? Il s’agissait principalement de produit de luxe, le sel, les épices, l’ivoires, de l’or et des esclaves contre les produits méditerranéens et européens.
La région de Taoudenni, au nord du Mali (23°N ; 5 mm/an d’eau : hyperaride), est réputée pour ses mines de sels exploitées dès le XVIème siècle. Au début du XXème siècle des journalistes qualifièrent les lieux d’horreur ou d’« enfer du sel ».
Pendant l’optimum climatique de l’Holocène, la région abritait des lacs, mais depuis, on a assisté à une aridification du climat, les lacs se sont asséchés et se sont des Chotts qui ont pris leur place.
Les mines d’Agorgott sont toujours d’activité, on y prélève des dalles de sel de 30kg qui sont chargées sur des chameaux. Les caravanes de sels parcouraient les 700km qui séparaient les mines de Tombouctou, sur cette piste il n’y a seulement que deux oasis, pour quinze jours de voyages. La vie est donc très rude, mais ces caravaniers sont riches, ils sont les Seigneurs des Oasis, ce sont ces grands caravaniers qui ont créé les oasis.
Les caravanes ne peuvent exister que grâce à l’aide de la domestication des chameaux, elles ne sont donc possibles qu’en Afrique du Nord et en Asie (route de la soie par exemple).
II) La relation de l’Homme à l’aridité et son interprétation
1) Un discours savant : le déterminisme en géographie
C’est un concept philosophique qui prétend qu’il existe des rapports simples et linéaires de cause à effet dans les phénomènes, une causalité exclusive et non réciproque.
On donnera ainsi à certains facteurs géographiques un poids consistant pour qu’en découlent les autres facteurs. En France, la Géographie Classique a longtemps été caractérisé par un déterminisme naturel. Cette géographie se place dans une perspective naturaliste, ainsi la nature des roches pourrait expliquer l’allure des campagnes.
Hérodote : « un pays mou fait toujours des hommes mous »
Montaigne : « la forme de notre être dépend de l’air, du climat et du terroir où nous naissons, non seulement le teint, la taille, mais encore les facultés de l’âme. »
Un tel déterminisme aussi naïf est répudié par les géographes, mais il continue d’imprégner plus ou moins dans la culture de masse.
2) Une réflexion entre la Révolution néolithique et Holocène
Il existe une corrélation évidente entre le début de l’Holocène et la Révolution néolithique (il y a environ 10 000 ans), pour autant ce lien est a relativisé car cette agriculture n’a été inventé qu’en certains lieux, et si l’agriculture peut être liée à une hausse du nombre des précipitations, elle peut l’être également par une augmentation du nombre des hommes, forçant ces derniers d’inventer quelque chose afin de subvenir à leurs besoins.
3) L’aridité, stimulant ou inhibant ? Les grandes sociétés hydrauliques
Ce qu’on appelle société hydraulique est une société organisée où les fonctions administratives, religieuses, etc … sont diversifiées et hiérarchisées et utilisant les techniques de l’irrigation reposant sur des aménagements
Très anciennes, les premières traditions hydrauliques sont apparues dans des contextes géographiques divers, où l’eau est extrêmement présente sous forme de précipitation (Gange, Amérique Centrale, etc …), mais en réalité on s’aperçoit que les plus grandes civilisations hydrauliques se sont épanouies dans les régions désertiques, le système hydraulique du Nil, le système hydraulique de la Mésopotamie, de l’Indus ou encore de la Mer d’Aral.
Pourquoi l’aridité n’a pas été un frein au développement de l’agriculture mais un stimulant ?
A) La Mésopotamie
Il s’agit de la plus anciennes de ces civilisations hydrauliques. On parle de croissant fertile du bassin persan aux deux cours d’eau, le Tigres (qui prend sa source dans les Monts Taurus et Zagros) et l’Euphrate (qui prend sa source aux Monts Taurus), caractérisé par l’aridité, par opposé aux montagnes où il y a davantage de précipitations. Dans le cœur de la Mésopotamie il pleut 100mm d’eau par an. Sans les grands fleuves cette civilisation n’aurait pas existé.
L’agriculture est née dans la moyenne vallée de l’Euphrate aux alentours de l’an 8 000 avant JC. Il faut attendre cependant deux mille ans pour passer d’une agriculture pluviale à une agriculture irriguée, et ce n’est qu’en 6 000 avant JC qu’une hiérarchie plus complexe se met en place. Des digues, des prises d’eau artificielles ou encore des ouvrages de régulation de l’eau sont construits, permettant la diversification de la culture (blé, pois, …).
Peu à peu, le développement et l’extension de l’espace permettent de mettre en culture par l’irrigation des régions impropres à l’agriculture pluviale.
Cette présence humaine est le fait d'inventions humaines.
B) Le système hydraulique du Nil
Il s'agit du plus long fleuve d'Afrique, sa vallée forme un ruban vert large d'une centaine de mètre au milieu du désert. La richesse et l'abondance en ressources expliquent que l'irrigation est arrivée tardivement, c'est en effet au IVème millénaire avant notre ère que des cultures adaptées (mil, blé, orge) s'installe. A partir de -3000 des canaux sont établis; une partie de la vallée est réellement organisée d'amont en aval. Si la société pharaonique arrive à prendre en main cette technologie c'est qu'il s'agit d'un état fort, avec une administration complexe et pouvant former des ingénieurs.
L'aridité n'est pas seulement une contrainte, c'est aussi un défi pour l'Homme, la contrainte doit être dépassée.
C) L'irrigation contemporaine de l'Ouest américain, technologie moderne et démesure L'aridité en Amérique du Nord se localise de la Californie au Texas, ils furent occupés tardivement par les Hommes, il y a seulement 12 mille ans par des amérindiens qui ont développé des modes de vie divers. Il existe des chasseurs cueilleurs (Navajo), mais aussi des agriculteurs (Hopi, Pueblo). C'est derniers sont organisés en village depuis le Ier millénaire avant notre ère, ils ont développé une forme d'irrigation qui n'atteint pas néanmoins le niveau de l'Egypte.
Le regard des premiers explorateurs sur ces terres est très négatif, et elles demeurent peu connues jusqu'au milieu du XIXème siècle par les habitants de l'est des Etats-Unis. Pour eux, l'ouest est pauvre, c'est l'anti-civilisation, ils imaginent des déserts de sable et cette région est nommée le Grand Désert. A partir du milieu du XIXème siècle cependant, les choses vont changer avec une colonisation rapide en raison d'une modification de l'imaginaire de l'ouest, on y découvre en effet de l'or, cela attire rapidement un flux de chercheurs d'or et entraîne de ce fait le développement de l'agriculture locale. Le chemin de fer se développera également, permettant ainsi à l'élevage extensif de se mettre en place.
L'or, le chemin de fer et l'élevage extensif désenclavent cette immensité désertique, en deux décennies le peuplement se transforme, se développe, autour de villes principalement comme Los Angeles ou Phoenix, cette dernière est une véritable ville champignon qui est créée ex-nihilo en raison de la présence du chemin de fer.
Cette forte croissance ne s'est depuis pas démenti, encore de nos jours il s'agit d'états dynamiques en raison de la Sun Belt.
Les aménagements sont gigantesques, de grands barrages sont créés, de longs canaux d'une centaine de km sont creusés. La ville de Los Angeles ainsi, au bord du désert Mohave, a imposé aux régions alentours par sa croissance un contrat qui lui arroge l'exclusivité de toutes les sources d'eau. Ainsi les cours d'eau qui se dirigeait vers le lac Owens ont été détournés vers Los Angeles par un canal de 400 km de long. Le lac fut ainsi asséché en une dizaine d'années.
La Grande Vallée de Californie fut elle aussi aménagée autour de San Francisco, par un pompage des eaux profondes et le forage des nappes aquifères, cela grâce aux plans gouvernementaux, par la prise en charge de l'administration. Sans la présence d'état, l'irrigation n'est pas possible.
L'Imperial Valley est irriguée par le fleuve Colorado qui a été détourné. Des Oasis furent créées en Californie, au Nevada, en Arizona, il est désormais possible grâve aux pompages d'arroser toute l'année. Des techniques modernes, comme l'aspersion, sont également utilisée afin d'économiser de l'eau car tout cela ne va pas sans poser des problèmes environnementaux.
La culture est spéculative, qu'il s'agisse de fruits, de vigne ou de légumes, elle est très spécialisée, mécanisée et sous dépendance des sociétés agro-alimentaires. L'agriculteur ne ressemble pas à un paysan, mais à un homme d'affaire qui s'endette pour investir.
"L'eau rare limite l'occupation par l'Homme, à moins que stimulant son ingéniosité, elle n'engendre à la limite ces sociétés hydrauliques" A.Cauvin. Le rôle des sociétés humaines est prédominant, les contraintes humaines sont relatives et n'empêchent pas l'adaptation de l'Homme, grâce au poids politique.
III) Les Ruptures contemporaines dans l'occupation et la mise en valeur des Déserts
La grande majorité des régions désertiques n’a pas connu de changements majeurs avant la moitié du XIXème siècle, même si à partir de l’Holocène, les déserts furent occupés par l’Homme.
Aujourd’hui, il n’y a que très peu de groupes humains dont les techniques traditionnelles n’ont pas été bouleversés, d’une part en raison de la révolution agricole et industrielle, d’autre part en raison de la colonisation et de la transition démographique.
Il apparaît que la période contemporaine est une période de rupture, voir de crise. C’est une rupture car il s’agit d’un développement brutal et rapide, par opposition aux « temps longs » (Braudel) pendant lesquels le développement était plus lent. Ces changements brutaux induisent des crises sociales, mais également environnementales.
1) Le désert marginalisé : la disparition du nomadisme
Il s’agit de la forme d’occupation la plus menacée, car elle fut frappée de plein fouet par les partages politiques imposés par la colonisation, autrefois le Sahara constituait une unité avec des échanges avec le Sahel et la Méditerranée, mais depuis qu’il s’est vu découpé, les parcours traditionnels n’existent plus.
Les nomades ont désormais le choix entre la soumission, et la sédentarisation, ou au contraire le combat, et l’exil.
Le nomadisme pastoral est très menacé, de nombreux états ont en effet adopté des politiques de sédentarisation, comme c’est le cas en Arabie à partir de 1918 ou encore après la révolution soviétique en URSS où, vers les années 50, les kazakhs ont été sédentarisé de force au profit de l’élevage et des usines.
On considère alors que le nomadisme est incompatible avec la modernité, que les terres qui servent aux pâturages sont gaspillées et qu’elles pourraient être utilisée au profit de l’agriculture, grâce à l’irrigation, notamment du fait que les pays d’Afrique et d’Asie connaissent une forte croissance démographique.
Le commerce caravanier quant à lui semble inadapté et inadaptable, car il est trop lent, la plupart des pistes ont donc cessé d’exister. Si la Sahara avait pu se repeupler avec le nomadisme, celui-ci est désormais en reflue, il se « vide » de ses nomades.
2) Une agriculture pluviale sous pression démographique
Les systèmes traditionnels agricoles, au rendement aléatoire et faible, et à l’intensivité limité, ont été fortement perturbés
La première solution est la réorganisation de l’agriculture, on choisit des plantes au cycle plus court, dans le Nordeste brésilien, d’une agriculture traditionnelle extensive de maïs et d’abricots, on est passé au développement de plantes africaines, comme le Sorgho et le Mil, plus résistant à l’aridité.
La deuxième solution est le développement de l’irrigation, de grands fleuves africains sont ainsi transformés par l’irrigation, comme le Sénégal (Rosso) et le Niger (Mopti au Mali)
On y a ajouté de nouvelles plantes, notamment le riz qui est extrêmement nourrissante, grâce a ces aménagements. Au Sénégal on a construit des barrages qui ont facilité une colonisation et une urbanisation récente, ce qui est néanmoins une source de conflit entre anciens et nouveaux occupants.
La troisième solution n’est autre que la migration des campagnes semi-arides vers les villes, on observe en effet un phénomène d’exode rural avec une urbanisation rapide qui pèse sur les environs immédiats et semi-arides de la ville, ce qui contribue à dégrader la couverture végétale.
3) l’Agriculture irriguée s’étend
On voit l’irrigation gagner des surfaces de plus en plus importantes, ce qui s’explique par l’utilisation des nappes aquifères, très importantes au Sahara, grâce à des techniques de plus en plus scientifique.
Au cours du XXème siècle en Egypte, on a construit des barrages et il est désormais possible de produire des cultures toute l’année. Ces aménagements sont également source de ressource électrique.
Au Pendjab, on constate cette même progression par la modernisation qu’effectuèrent les anglais sur les aménagements d’irrigation autochtones, permettant ainsi un développement plus vaste.
Les états du Golfe, grâce à l’argent du pétrole, on vu fleurir, en plein milieux du désert, des cercles verts, grâce aux bras d’aspersion. Ce qui a cependant des conséquences redoutables sur l’écologie.
En effet la Mer d’Aral est l’exemple même des victimes de l’irrigation, du fait des canaux d’irrigation sur les fleuves Syr-Daria et Amou-daria.
4) L’urbanisation dans le Désert
Il n’y avait au Sahara, dans les années 50, qu’une seule ville de plus de 50 mille habitants : Biskra, il y en a désormais une dizaine, comme Tamanrasset en plein Sahara algérien.
Le Sahara a gagné prêt de 5 millions d’habitants en réalité, à cause de la transition démographiques, cela à pour cause l’exploitation des matières premières, les flux migratoires et le développement du transport et des infrastructures.
En conclusion…
Le temps historique des géographes n’est pas le même que celui des historiens, ceux-ci découpent en périodes séparées par des césures chronologies propres à certaines civilisations le temps historique. Cette périodisation ne convient pas en géographie et le temps social du géographe est subdivisé en temps longs qui permettent une mise en perspective des bouleversements récents qui entraînent des déséquilibres qui vont en s’accroissant, la crise actuelle est en effet d’envergure sans précédent.
Ce chapitre relativise également la notion de contrainte naturelle qui peut être surpassée par l’originalité et l’ingéniosité du rapport entre l’Homme et son milieu.