Chapitre 6 : Angleterre
I) Vie Religieuse
Après la Glorieuse Révolution (1688-1689), l’Eglise Anglicane a beaucoup perdu de son autorité morale et spirituelle sur le royaume, pourtant acquis avec force au début du siècle, lorsque le compromis entre aspirations protestantes et subsides catholiques permettaient de tenir en lisière les puritains et les papistes (au début du siècle les catholiques se sont discrédités en raisons de multiples complots fomentés comme la Conspiration des Poudres (Gunpowder Plot) en 1605).
Sous l’influence du puritanisme, au cours des guerres civiles, résulta la dénaturation de l’anglicanisme avec la fin de la hiérarchie bâtie par l’Archevêque Laud. Les tribunaux religieux seront supprimés, les Prayer Book finiront par disparaître, des églises seront transformées en prison, en caserne, voir en galerie marchande.
Les puritains auront donc réussi et organisé le chaos (dans le sens biblique). Cependant les puritains au pouvoir vont se faire déborder par une multitude de sectes bien plus radicales, et leur presbytérianisme se fera doubler par les baptistes et les quakers qui critiquèrent le conformisme calviniste du pouvoir.
Avec la restauration, on cherche à retrouver ses marques et l’Anglicanisme est rétabli, mais il a perdu de sa capacité à assurer l’unité religieuse du royaume, la monarchie sera donc contraint de reconnaître la pluralité religieuse, comme cela sera le cas avec les « dissidens » modérés en 1662 qui seront reconnus dans le Toleration Act.
A l’origine, puissants comme modestes considéraient que l’ordre était nécessaire, le monde ne pouvant avoir été créer que par Dieu et la Providence intervenant dans l’histoire des hommes, le libre arbitre n’existant pas selon eux. Charles Ier et Jacques Ier incarneront l’ordre, Cromwell, Shakespeare, le poète Donne, ou encore Milton proclament d’une même façon le rôle du « guide » majeur : Dieu.
Néanmoins, avec l’interrègne, tout change, pour la première fois l’on a osé coupé la tête d’un roi, ce qui provoque un scandale chez les monarchistes mais change également leur vision du monde, changement de vision qui existe également chez les puritains lorsque la restauration remettra en cause leur vision du monde. Milton écrira le « Paradise Lost », ouvrage pessimiste déclarant que l’Homme a été abandonné par Dieu et qui connaît un grand retentissement, Newton incarne également la rupture, mais c’est John Locke qui trouvera une « solution », selon lui on ne peut plus mêler politique et religion, l’on serait dans une période de « christianisme des mystères », Dieu veillerait à édicter les morales mais il ne pèserait plus sur l’action des Hommes, les dictatures religieuses doivent être abandonnées (l’Etat doit renoncer à incarner une mission spirituelle) et chaque secte doit être tolérée tant qu’elle accepte la mission temporelle de l’Etat.
II) Vie intellectuelle
Cette diminution du religieux va se répercuter dans la littérature et dans les sciences, comme sur le continent le théâtre va perdre sa vulgarité et sera policé.
Peintres, poètes et musiciens mettront en œuvre ce que l’on appelle le Masque, il s’agit d’un divertissement rappelant les valeurs de la civilisation classique tout en y ajoutant des allusions sur le christianisme modernisé. Les acteurs vont chercher les spectateurs afin de les faire participer aux pièces. Le dramaturge Ben Johnson et le grand organisateur des fêtes royales Inigo Jones (architecte s’inspirant de l’Italie également) sont en rapport avec ce courant.
Mais le Masque va s’effacer derrière l’opéra dans le dernier tiers du siècle. Les poètes quant à eux renoueront finalement avec l’optimisme comme Dryden, Pope et Butler.
En architecture, se sont surtout les maisons des nobles qui vont évoluer, tel que le Manoir. Auparavant celui-ci s’organisait autour d’une pièce, la high table, une salle de vie commune où propriétaires, gens de maison et visiteurs demeuraient, il y a également une valeur religieuse car il existe un parallèle avec la table du Christ.
Au XVIIème siècle, cette pièce centrale sera abandonnée, l’on crée des pièces pour pouvoir se retirer, on relaye les domestiques en des endroits plus reculés (parfois les greniers), les manoirs se complexifient. Les manoirs s’entoureront de jardins, eux-mêmes entourés par une clôture, ou un mur afin de préserver l’intimité.
L’architecture religieuse est peu productive, à l’exception de Londres (du fait du « Great Fire » de 1666) peu d’églises sont construit. Christopher Wren, mathématicien, professeur d’Astronomie puis, par la volonté des puissants, architecte, fera bâtir une cinquantaine d’églises, dont la Cathédrale de Saint-Paul, il y applique une rigueur mathématique, un rationalisme froid, avec un décor austère, il abandonne la tradition anglaise de décorer les églises par du bois sombre au profit du noir. La « mode » des gisants (statues des défunts présentes dans les églises) n’est plus.
Vers 1650, les scientifiques effectuent la « Grande Rénovation », ils coupent les ponts avec la tradition. Selon Francis Bacon (1561-1626), la science serait capable de bâtir le « meilleur des mondes », elle permettrait de domestiquer la nature, soigner les maladies, échapper à la famine. Il s’agit d’un feu de paille pendant quelques décennies, où l’on sera réaliste et corrigera cette vision. Cela engendre l’installation progressive du cartésianisme, l’on commence par classer les végétaux, les éléments. William Harvey va découvrir la circulation du sang. Isaac Newton (1643-1727), issu de milieu modeste, fera ses études à Cambridge, il devient bachelier en 1665 et sera influencé par Isaac Barrow. En développant un télescope original, il découvrira la gravité, portant ainsi un coup fatal à l’explication religieuse de l’origine du monde et aux croyances, les persécutions vis-à-vis des « sorcières » cesseront donc.
Le choc newtonien va toucher également la politique qui va se séculariser. Thomas Hobbes écrit ainsi en 1651 le Léviathan, il accepte ainsi de mettre en œuvre les idées de machiavel en contrecarrant les thèses absolutistes en invoquant un contrat social. Le traité de gouvernement de John Locke va dans le même sens, il indique qu’il faut se montrer pragmatique et ne pas se laisser guider par une idéologie, il faut croire en l’Homme, de manière individualiste.