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L1 S1 UE 2 Histoire Contemporaine

Chapitre 12 : Révolution de la liberté et Révolution de l’égalité

Posté le 14.01.2008 par courslille3
Chapitre 12 : Révolution de la liberté et Révolution de l’égalité

Le 5 mai 1789, mille deux cents députés se retrouvent à Versailles pour les Etats Généraux qui n’avaient plus été réunis depuis 1614 afin de rétablir l’équilibre financier et d’effectuer quelques réformes pour donner un nouveau souffle à la monarchie.
Il ne s’agit pas de révolutionnaires, ils sont fidèles au Roi, mais leur objectif est de régler les abus qui existaient alors. Les députés des trois ordres deviennent les députés de la Nation.
Dans l’usage, la période révolutionnaire désigne en France une période allant de 1789 à 1799, mais certain y inclus l’Empire, ou encore n’achève cette période que lorsque la République s’installe définitivement en 1875.

I) Les trois révolutions de 1789

Cette notion de révolution plurielle permet de mettre en évidence le fait que la Révolution n’est pas le seul fait du sommet, de Paris, mais également de la base, des paysans, des campagnes. Le 4 Août 1789 est le point de jonction entre la révolution du haut et la révolution de la base par l’abolition du régime féodal et des privilèges.

* La première révolution est une révolution nationale, le 17 juin en effet, les Etats Généraux se proclament Assemblée Nationale représentant la Nation, une nation d’hommes égaux. C’est pourquoi, le 20 juin, lors du serment du jeu de paume, ils s’engagent à donner à la France une constitution et de ne pas se séparer avant d’avoir effectuer cette tâche. C’est la première fois que l’on réforme le pays sans l’accord du roi.
Le 26 août 1789 est édifiée la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, c’est une révolution de la liberté, et, en raison de la prise de la Bastille, le Roi laisse faire.

* La deuxième révolution est une révolution municipale qui prend place en juillet-août 1789. Lorsque l’on apprend les nouvelles de Paris, il y a alors deux réactions, l’enthousiasme, avec le port de la cocarde tricolore, des fêtes, ou encore des messes pour les morts du 14 juillet; mais également de la colère. Il y a une certaine imitation en province de ce qui a été fait à Paris, on brûle les barrières d’octroi à Paris, on fait donc de même en province quant aux lieux de perceptions des taxes. On ouvre des prisons, on pille les magasins de grains.
Pour contrer cela, des milices bourgeoises s’organisent, elles seront plus tard les gardes nationales.
Au cours du mois de décembre 1789, des lois sur les villes, sur leur organisation, la composition du conseil municipal sont publiées.

* La troisième révolution est une révolution des campagnes, à la fin du mois de Juillet il y a la Grande Peur, à la frontière on annonce l’arrivée de troupes ennemies, à l’intérieur on parle de brigands, a chaque fois ces rumeurs parlent de pillages, on s’arme alors et lorsque l’on apprend que ce n’est qu’une simple rumeur, la colère se reporte contre les Seigneurs et c’est dans ce contexte que le 4 août, a lieu l’abrogation du système féodal et des privilèges afin de rétablir le calme.

II) Une révolution achevée ?

A l’automne 1791, l’œuvre accomplie est considérable, il y a désormais une constitution, une Assemblée législative a été mise en place aux cotés du Roi, on a créer les départements, de nouveaux tribunaux; les parlements sont supprimés, les offices également, désormais les administrateurs et les juges ne sont plus propriétaires de leur fonction mais seront élus.
On adopte un code pénal et l’on supprime les Seigneuries; en 1791, on pense que la Révolution est achevée.

C’est pourquoi les députés de l’Assemblée décident d’eux-mêmes de ne plus être éligibles car ils croient à la fin de leur mandat, mais il reste en réalité de nombreux problèmes.

* Un problème religieux, avec la suppression de la dîme et la confiscation des biens du clergé. On décide que l’état rétribue les curées le 12 juillet 1790, avec une constitution civile du clergé, mais on a décidé que ça serait le peuple qui élirait l’évêque, et que les frontières d’un évêché correspondraient à celles d’un département. De même, on demande de prêter un serment de fidélité (les jureurs). Evidement, la papauté n’est pas d’accord et il y a une division entre le clergé jureur et non-jureur qui se forme.

* Le mécontentement des campagnes continue pour deux raisons, la suppression de certains droits seigneuriaux nécessite le rachat qui peut aller jusqu’à 20 à 25 fois le montant de la redevance. De même, les terres d’Eglises vont êtres vendues par lot, et seront donc difficile d’achat, comme dans le cas d’une abbaye de 25 hectares.

* Le 20 avril 1792, la guerre est déclarée contre l’Autriche, celle-ci ne s’arrêtera pas avant 1804. Elle pousse à la radicalité et ce moment de tension, en raison du fait que l’on croit que le Roi est du coté de l’étranger, va aboutir à la chute de la Monarchie le 10 août 1792 et à l’exécution du Roi le 21 janvier 1793.
« Vaincre ou mourir », cette pensée résume l’état d’esprit des contemporains de cette guerre.

III) La Terreur

1. Conjonction des dangers en 1793

• Danger militaire : Au début la guerre se déroule assez bien, en 1792 la France occupe Nice, la Savoie et la Belgique qui seront annexés en 1793. Mais en mars 1793, il y a une contre-offensive ennemie, l’Angleterre et l’Espagne déclarent la guerre à la République. La Belgique est perdue et le nord est occupé.
• En mars 1793 la Vendée se soulève avec la constitution de « l’Armée Catholique et Royale » qui progressera par-delà les frontières du département avant d’échouer à Nantes.
• Le 31 mai et le 2 juin 1793, l’un des parti de la convention, les Girondins, sont exclus de la Convention par les Montagnards. Une soixantaine de départements protestent, c’est la crise fédéraliste et Paris ne contrôle plus tous les départements en temps de guerre. Mais dès le mois de juillet la plupart des départements redeviennent fidèles à la Convention.

2. Un Gouvernement d’exception se met en place

Il s’agit d’un gouvernement de salut public de deux dimensions :

-> l’Ordre intérieur
La Terreur est mise en place, avec la loi des suspects en septembre 1793 qui permet d’incarcérer un suspect, à son domicile ou en prison, jusqu’à la fin de la guerre
Une justice d’exception se met en place avec un tribunal révolutionnaire qui peut condamner à mort.

-> Gagner la guerre
Il y a une levée en masse sous le drapeau, on entre dans l’ère de la guerre de masse. Tout le pays doit travailler pour la guerre. En juin 1794 ce pari est en train d’être gagné avec le retour des victoires militaires comme celle de Fleurus le 26 juin, 8 messidor. L’occupation militaire de la Belgique reprend et on cherche à sortir de la terreur.
En 1795 finalement, on croit que la révolution est finie, car la paix est signée avec l’Espagne, la Prusse et les Provinces-Unies. Seules l’Autriche et l’Angleterre sont encore en guerre.
Les terroristes (partisans de la Terreur) zélés sont jugés et la République du directoire, qu’on pense définitive est établie.



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Chronologie d'Histoire Contemporaine (1848-1918)

Posté le 05.01.2008 par courslille3
Chapitre 1 : Les débuts de la démocratie en France (1848-1870)

5 mars 1848 : instauration du suffrage universel masculin
Avril 1848 élections générales afin d’élire une Assemblée Constituante.
Juin 1848, l’Assemblée fait dissoudre les ateliers nationaux
le 23, le 24 et le 25 des soulèvements qui sont réprimés par l’armée (journées de Juin 48)
Novembre 1848 : Vote d’une constitution par l’Assemblée

Le président est élu le 10 décembre 1848 et l’Assemblée Législative le 13 mai 1849.
Le 2 décembre 1851, ce dernier annonce la dissolution de l’Assemblée et laisse le peuple juge en promettant un plébiscite.
En janvier 1852, une nouvelle constitution est approuvée par un plébiscite mais ce n’est que le 2 décembre 1852 que l’Empire est proclamé suite, une nouvelle fois, à un plébiscite.

C’est aussi un régime qui a le souci de la gloire militaire, Napoléon III s’engage ainsi dans la guerre de Crimée, les guerres d’Italie (59-60), l’expédition du Mexique (64-67), ainsi que des expéditions coloniales au Sénégal et en Indochine.

1860 : libéralisation du régime avec l’accord d’un droit de réponse qu’use Thiers en 63.
1864 : droit de coalition accordé aux ouvriers
1868 : rétablissement de la liberté de la presse et de la liberté de réunion
1870 : droit d’initiative des lois au corps législatif rétablit.

Chapitre 2 : La République Parlementaire (1870-1914)
I) L’établissement de la République

4 septembre 1870 : l’Empereur est déposé par une révolution parisienne
Janvier 1871 : Signature d’une armistice
1873 : première tentative (et échec) de restauration de la monarchie
1875 : l’Assemblée définie les lois constitutives
1876 : Chambre des Députés majoritairement républicaine, Mac-Mahon avec l’accord du Sénat monarchiste dissous la chambre. Crise remportée par les républicains suite à un nouveau vote en leur faveur.
Janvier 1879 : Démission de Mac-Mahon lorsque le Sénat devient républicain. Jules Grévy devient Président de la République. Cooptation supprimée au Sénat et remplacée par le SU.
1881 : liberté de réunion et liberté de presse
1885 : abrogation du fait qu’un quart des sénateurs étaient élus à vie

II) Les difficultés de la République Parlementaire

1882 : Ligue des Patriotes fondée par Déroulède qui constituera les troupes de chocs du B.
1886 : Boulanger, ministre de la guerre
1887 : Scandale des décorations, démission de Jules Grévy
Août 1887 : Affaire Schnaebelé, risque de nouvelle guerre avec la Prusse
1888 : exclusion de Boulanger du gouvernement et de l’armée, il entre en politique le 26 mars
1889 : Boulanger prend peur et s’exile en Belgique, sa déroute électorale achève le B.
1891 : Boulanger se suicide sur la tombe de sa maîtresse à Ixelles
1894 : accusation contre Dreyfus, condamné, dégradé, envoyé au bagne en Guyane
1898 : Zola, dans l’Aurore : « J’accuse ».
1899 : Félix Faure, adversaire de la révision du procès meurt à l’Elysée. Tentative de coup d’état de Déroulède. Emile Loubet, nouveau président de la R, est frappé par un anti-dreyfusard. Waldeck-Rousseau établit en tant que président du C le « bloc des gauches ».
1902 : élection qui confirme la majorité accordée à la gauche, particulièrement aux radicaux

III) La question religieuse

1882 : loi Ferry qui rend l’école gratuite, obligatoire et impose la neutralité en matière religieuse, l’éducation religieuse étant remplacée par une éducation morale.
1882-1890 : remplacement petit a petit des religieux par du personnel laïc
1884 : divorce autorisé, disparition des insignes religieux dans les bâtiments publics
1901 : loi sur les associations, une autorisation est nécessaire pour fonder une congrégation
1902 : Emile Combes, nouveau président du C, fait appliquer la loi avec rigueur en rejetant les demandes d’autorisation.
1905 : loi de séparation entre l’Eglise et l’Etat

Chapitre 3 : Les grands débats politiques de la Belle Epoque (1905-1914)

1890 : Alliance avec la Russie et, en 1904, avec l’Angleterre
1903 : "Même l'accord des nations dans la paix définitive n'effacera pas les patries qui garderont leur profonde originalité historique" Jaurès
1906 : charte de 1906 de la CGT, propagande antipatriotique
1914 : obsèques de Paul Déroulède furent l’objet d’une imposante manifestation nationaliste
1913 : élection en février de Raymond Poincaré à la présidence de la République, suivi du débat sur la loi des trois ans.
28 juin 1914 : assassinat de l’archiduc Ferdinand à Sarajevo
30 juillet 1914 : assassinat de Jean Jaurès
31 juillet 1914 : le comité de la CGT repousse l’idée de grève générale
1er août 1914 : Annonce de la Guerre,
4 août 1914 : Poincaré prononce les mots d’Union sacrée. Les socialistes votent les crédits de guerre, Léon Jouhaux, secrétaire général de la CGT, déclare son adhésion à la défense nationale

Chapitre 4 : La Grande Guerre, l’union sacrée

Septembre 1914 : bataille de la Marne
Automne 1914 : le front se stabilise
Décembre 1914 : offensive en Champagne
Mai 1915 : échec de l’offensive française en Artois
Février à Décembre 1916 : Bataille de Verdun (échec allemand)
Juillet à Novembre 1916 : Bataille de la Somme
Janvier 1917 : début de la guerre sous-marine
Mars 1917 : les USA entrent en guerre
Avril à Octobre 1917 : Bataille du Chemin des Dames (échec français)
Avril-mai-juin 1917 : Mutineries au sein d’une partie des divisions françaises, ne prend fin que lors du remplacement de Nivelle par Pétain (629 condamnations à morts prononcées, 75 effectives)
Printemps 1917 : utilisation des chars de combat
3 mars 1918 : Paix de Brest-Litovsk avec la Russie
Printemps 1918 : Percée allemande en Flandre, Picardie puis Ile de France, mais recul en été
11 Novembre 1918 : Armistice
28 Juin 1919 : Paix de Versaille

Présidents du Conseil :
juillet 1914-octobre 1915 : René Viviani
octobre 1915-mars 1917 : Aristide Briand
novembre 1917-1920 : Georges Clemenceau

Chapitre 4 : La Grande Guerre, l’union sacrée

Posté le 03.01.2008 par courslille3
Chapitre 4 : La Grande Guerre, l’union sacrée
L'Union nationale pendant la Grande Guerre

La Grande Guerre devait dans l'esprit de l'opinion et des dirigeants, être de courte durée. Les plans de l'état-major prévoyaient une offensive ("plan XVII"), qui devait percer en quelques jours le dispositif ennemi. Les Allemands projetaient la même chose, grâce au "plan Schlieffen". Cet espoir de percée initiale se révéla illusoire : les deux plans échouèrent, les forces françaises parvenant à la bataille de la Marne (sept. 1914) à contenir la poussée allemande. Désormais, de l'automne 1914 au printemps 1918, le front se stabilise autour d'une ligne qui court de la mer du Nord à la frontière suisse. Les soldats s'enterrent dans des positions défensives, les tranchées. Les états-majors tentent, au cours de batailles furieuses et extraordinairement sanglantes (Artois, Champagne, Verdun, la Somme, le Chemin des Dames) de réaliser une "percée", mais sans y parvenir. En 1918, les Allemands, par une triple offensive du printemps 1918 parviennent à ébranler le front (Flandre, Picardie, Ile-de-France). Mais, épuisés par cet ultime effort, ils doivent de juillet à octobre 1918 reculer jusqu'à leur frontière, et, minés par des troubles intérieurs et la révolte dans leur armée, signer l'armistice du 11 novembre 1918.

La guerre se divise en deux parties, le printemps de 1917 représentant le versant essentiel de cet épisode guerrier. Dans la première, de l'été 1914 au printemps 1917, l'union nationale conserva sa vigueur; dans la deuxième, elle connaît une grave crise, en 1917, qui n'empêche pas le redressement national de 1918, couronné par une issue victorieuse.

I) La France en guerre de l'été 1914 au printemps 1917 : l'ampleur de la mobilisation nationale

Trois caractéristiques sont à retenir de cette période :
- le maintien du moral des combattants (le "front");
- celui des populations de "l'arrière";
- la faiblesse du pacifisme

A) Le maintien du moral des combattants.
Le moral des combattants a fait l'objet d'études précises, mais soulève encore des discussions. Tous les témoignages mettent l'accent sur le caractère atroce de la guerre des tranchées. La puissance de feu des artilleries en présence est telle qu'elle provoque d'incroyables ravages parmi les troupes, mais aussi bouleverse la topographie des champs de bataille, provoquant la disparition d'escouades entières, enfouies vivantes dans le sol meuble. Les conditions de vie des soldats, exposés à l'humidité, à la proximité des charniers, à celle des animaux parasites, s'ajoutent à l'horreur des combats proprement dits, marqués par l'utilisation d'armes nouvelles, tels que les gaz de combat, véritable terreur des combattants. La propagande du moment montrait dans les soldats "va-t-en-guerre", désireux d'en découdre, figure évidemment imaginaire forgée par la propagande. Des recherches récentes ont montré au contraire une grande peur de la mort chez les soldats. Pour autant, elles ont permis de souligner l'importance d'un fort "consentement patriotique" chez les combattants, inspiré non pas par les motifs de la propagande officielle (comme reconquérir les provinces perdues, l'Alsace et la Moselle), mais par le souci de protéger leurs proches restés à l'arrière et de défendre leur terre (il s'agit pour une grande part d'une armée de paysans). Plus récemment, en sens inverse, on a pu souligner tout de même l'importance des structures d'encadrement de type répressif (gendarmerie, ...) et les mesures de répression à l'encontre des déserteurs (à vrai dire fort peu nombreux). Mais il faut admettre que malgré des souffrances inouïes et des pertes énormes (1.5 million de morts au total), le dispositif militaire français ne s'est jamais disloqué, ce qui suppose globalement le maintien du moral des troupes. Il semble bien, écrit Jean-Jacques Becker, que "la solidité de l'armée a été le révélateur de la robustesse de la communauté nationale".

B) L'opinion publique, ou "l'arrière" elle aussi, durant la période 1914-1916 (jusqu'à la fin de 1916), montre un certain "consentement patriotique". Le calme social en est, semble-t-il, une preuve. Très peu de grèves en 1915-1916 (trois fois moins en 1916 par rapport à 1913). Plusieurs raisons ont pu être avancées :
- le risque d'abord de faire grève (les ouvriers "affectés spéciaux" dans les usines pouvant être renvoyés au front). Mais la crainte est toujours une explication bien courte.
- l'effet de la propagande ultra-nationaliste (mais l'esprit critique ne disparaissait pas pour autant : le Canard enchaîné est né en 1915...)
- le maintien de conditions de vie matérielle acceptables : des allocations sont versées aux familles nécessiteuses; le moratoire des loyers (suspension de leur versement à titre provisoire) est décidé; les prix des denrées agricoles montent, ce qui soulage les campagnards; étant donné la pénurie de main d'oeuvre, le plein emploi est réalisé dans les villes. Mais ceci n'efface pas l'insupportable tension morale des familles qui ont un -ou plusieurs- des leurs au front.
- surtout, la croyance, au départ, que la guerre serait courte, puis ensuite, à chaque offensive, l'idée que celle-ci serait "la bonne", donc la dernière. Cet espoir semble s'estomper à la fin de 1916, cer dernier trait va peser lourd dans la crise de 1917.

C) La faiblesse du pacifisme.
Cette résolution des combattants et de l'opinion va de pair avec le maintien au plan politique de l'Union sacrée. Les gouvernements, présidés par Viviani, puis par Aristide Briand (oct 1915 - mars 1917), comprennent toujours des socialistes, et un représentant de la droite catholique (jusque-là exclue du gouvernement) entre octobre 1915 et février 1917. Les catholiques qui jouent un rôle de premier plan dans les organisations d'entraide participent ardemment à l'union sacrée au niveau de la société civile. Il existe cependant un courant politique pacifiste, présent à la SFIO et à la CGT. Dans la première de ces organisations, un courant "minoritaire" (on y distingue Jean Longuet, petit-fils de K. Marx) se prononce en faveur d'une paix de compromis sans s'opposer à l'Union sacrée. Parmi les "zimmerwaldiens", figurent des syndicalistes (Monatte, Merrheim, Bourderon) et quelques socialistes qui, ralliés à cette tendance, ont participé à une deuxième rencontre à Kienthal (avril 1916).
Mais il s'agit de tendances très minoritaires (8% des mandats à la SFIO), tandis que le syndicat CGT est toujours tenu en mains par Léon Jouhaux, ferme partisan de l'union sacrée.

II) La crise de 1917 et le redressement du moral en 1918.

L'année 1917 voit se dérouler une très grande crise, dont le pays sort difficilement, à la fin de 1917. Dans le même temps, la mobilisation des forces matérielles, commencée dès le début de la guerre, est mené à son terme.

A) La crise de 1917
Elle revêt un aspect multiforme : militaire, social, moral.

1. La crise militaire prend la forme de mutineries, en avril-mai-juin, une bonne partie des divisions (un quart, semble-t-il) sont affectées par des mouvements de refus de monter en ligne ou d'autres manifestations d'indiscipline. Elles ne prennent fin que durant l'été, un nouveau général en chef, le général Pétain, ayant succédé au général Nivelle.
- Ces mouvements ne découlent que très peu de la propagande pacifiste, d'ailleurs peu présente dans l'armée. Elles sont plutôt la manifestation d'un refus d'obéir à des ordres absurdes, qui provoquaient des pertes incommensurables. Au début d'avril, le général Nivelle avait ordonné une offensive dans l'Aisne (le Chemin des Dames), qui s'était soldée, sans résultat tangible, par des pertes énormes : or, la géographie des mutineries correspond à celle de l'offensive d'avril 1917. Ce n'était pas la première fois que des stratèges se lançaient dans des opérations hasardeuses : Joffre, prédécesseur de Nivelle, avait agi de façon similaire en 1915-1916, mais cette fois la lassitude des combattants était trop forte. Il s'agit donc plutôt d'une "grève" faisant suite à des ordres émanant d'un stratège incompétent.
- La fin du mouvement confirme la nature des "mutineries". Certes, une répression sévère (629 condamnations à mort prononcées, dont 75 suivies d'exécution effective) conclut le mouvement. Mais c'est surtout le changement intervenu dans le commandement qui met le point final aux mutineries. Le général Pétain, successeur de Nivelle, procède dans un premier temps à l'amélioration matérielle du sort des soldats (amélioration des tours de permission, meilleur confort dans les cantonnements, davantage de soin apporté à la nourriture et au ravitaillement). Ensuite et surtout, il fait cesser les offensives et les tentatives de rupture et privilégie désormais la défensive, prônant l'établissement de lignes en profondeur. Cette stratégie est fondée sur l'attente des armées américaines (les Etats-Unis ont déclarés la guerre à l'Allemagne en mars 1917) et l'utilisation d'une arme nouvelle, les chars de combat, qui apparaissent pour la première fois au printemps de 1917. Ce changement de stratégie joue un rôle considérable dans la fin des mutineries.

2. Les troubles sociaux de 1917 contrastent avec le calme social des années précédentes. Du début de l'année 1917 jusqu'au mois d'août, des grèves affectent des secteurs très variés, la couture, les usines de guerre, le bâtiment, les agents du gaz et du métro. Ces grèves revêtent des caractères communs : déclenchement spontané, manque de coordination, nature essentiellement matérielle des revendications, qui montrent clairement que l'origine des conflits résidait dans les difficultés matérielles qui étaient allées en s'aggravant depuis le début de la guerre. L'année 1917 connaît en effet pour la première fois depuis le début du conflit, une flambée des prix et dans le courant de l'année apparaissent les premières mesures de rationnement (notamment une carte de sucre). Ces mouvements sont donc liés aux difficultés de l'économie de guerre et non à une extension du sentiment pacifiste.

3. Pourtant, sur le plan moral, il y a une crise de première ampleur : l'opinion au printemps de 1917 semble incliner vers le pacifisme. Les rapports des préfets, comme les lettres saisies par le contrôle postal, font été du désir de paix de nombre de Français. Il est évident qu'au printemps de 1917, l'opinion avait cessé de croire à une victoire prochaine et se trouvait envahie par des sentiments sinon défaitistes (idée de paix à tout prix), au moins pacifiste -idée de "paix blanche", où il n'y a ni vainqueur, ni vaincu. Dans les milieux intellectuels, l'influence pacifiste gagne du terrain : en 1916, Romain Rolland avait publié un ouvrage critique, Au-dessus de la mêlée; la même année, Henri Barbusse publie Le Feu, une des plus vigoureuses dénonciations de l'atrocité de la guerre et reçoit le prix Goncourt.

B) La crise politique et le redressement du moral jusqu'à la victoire finale.

La crise pacifiste gagne les milieux politiques durant l'été de 1917. Chez les radicaux, Joseph Caillaux prend position en faveur des négociations avec les Empires centraux. Chez les socialistes, un fort courant se prononce en faveur de discussions visant à aboutir à une paix de compromis, alors que la Révolution russe de février a modifier la donne à l'est de l'Europe. Le climat politique est, de plus, alourdi par des affaires d'espionnages. En 1917 se produit l'affaire du Bonnet rouge, un journal pacifiste dont le directeur, Miguel Almereyda, accusé d'avoir reçu de l'argent allemand, est arrêté et retrouvé "suicidé" dans sa cellule". Caillaux qui était en relation avec ce journal est éclaboussé par ce scandale. Une crise politique s'ensuit. Le ministre radical de l'intérieur, Malvy, mis en cause, démissionne en août. En novembre, le dernier gouvernement d'union sacrée tombe. C'est un homme à poigne, d'opinion radicale, mais très indépendant, Georges Clemenceau, qui forme en novembre 1917 un nouveau gouvernement où ne figurent plus les socialistes.
Clemenceau dirige le pays jusqu'à la fin de la guerre (nov 1918), il gouverne autoritairement, en s'appuyant sur l'opinion publique qui voit en lui le "Père la Victoire". Il pourchasse les "défaitistes" et appuie de son soutien les généraux comme Foch, dont l'action débouche sur la victoire militaire dans le second semestre de 1918. L'opinion, après la crise de 1917, voit son moral remonter en 1918 : elle "tient" car il lui semble qu'après de tels sacrifices, il ne peut plus être question d'accepter une défaite. Des mouvements de grève de grande ampleur éclatent cependant au printemps de 1918 dans les usines métallurgiques et dans les usines d'armement, notamment dans le bassin de la Loire. Mais ces mouvements prennent fin avec l'offensive allemande de mai 1918, la plus grave et qui sembla près de réussir. Il était clair que les grévistes, s'ils étaient bien "pacifistes", n'étaient pas "défaitistes".

C) La mobilisation économique du pays et le dirigisme

Il s'agit là d'un autre aspect de la "mobilisation nationale". Dès 1914 des mesures sont prises pour coordonner l'économie au service de l'effort de guerre (armement, ...). Un ministère de l'Armement (confié au socialiste Albert Thomas) passe les commandes et coordonne la production, en accord avec les industriels de la branche (et des autres branches concernées).

Les ressources sont mobilisées dès 1914-1915, la main d'oeuvre utilisée pour remplacer les soldats mobilisés est d'origine très variée : "affectés spéciaux" (ouvrier rappelés du front); main d'oeuvre étrangère ou coloniale; main d'oeuvre féminine. L'Etat mobilise les capitaux par une politique massive d'emprunt bien rémunérés, à court ou à long terme (les "bons de la défense nationale").

Enfin, l'Etat s'oriente vers un dirigisme de plus en plus marqué, qui a définitivement pris forme en 1917. En 1917, l'Etat prend en main le contrôle du commerce extérieur, avec la collaboration des organisations patronales. Puis en 1918, il institue le contrôle des changes (c'est-à-dire qu'il réglemente l'achat ou la vente des devises étrangères). Enfin, par suite de la guerre sous-marine déclenchée par les Allemands dans l'Atlantique au début de 1917, et qui atteint notamment les transports marchands en provenance des Etats-Unis, un système de rationnement est institué dans le courant de 1918. Ainsi, à la fin de la guerre, l'Etat en est arrivé à prendre le contrôle de l'ensemble de l'activité économique. Le Grande Guerre a donc bien vu se réaliser une mobilisation et une union des Français, qui ont connu pendant 4 ans les mêmes espoirs, déceptions et attentes.
Mais cette union n'a pas supprimé les clivages (sociaux ou idéologiques), ils ressurgiront par la suite.

Chapitre 3 : Les grands débats politiques de la Belle Epoque

Posté le 03.01.2008 par courslille3
Chapitre 3 : Les grands débats politiques de la Belle Epoque
La question nationale et l'entrée en guerre en 1914.

On étudiera dans ce chapitre l'importance de la "question nationale" dans les années 1905-1914, puis les circonstances de l'entrée en guerre en août 1914. La question "nationale" revêt deux aspect, l'un, interne, concerne le problème de "l'identité" française (comment se définit "l'appartenance" nationale, par "l'enracinement" ou par l'adhésion civique ?). On ne s'en occupera pas ici, le problème a déjà été abordé; l'aspect "externe" en revanche retiendra ici notre attention : il s'agit de la question de la paix et de la guerre, liée à celle de l'armée.

I) La question nationale de 1905 à 1914.

Il convient de distinguer trois aspects à propos de cette question : le poids des relations internationales dans l'évolution des mentalités; l'existence de courants nationalistes, tentés par l'aventure guerrière; enfin, la question militaire : la position de l'opinion face au réarmement et au renforcement de l'appareil militaire français, qui apparaît comme nécessaire dans les premières années de la décennie 1910.

A) Les crises internationales se font de plus en plus graves à partir de 1905; cette exacerbation relève de deux facteurs :

- la division des grandes nations européennes en deux blocs hostiles, d'un côté la France, qui est parvenue à rompre son isolement dans les années 1890 en s'alliant avec la Russie; en 1904, l'Angleterre s'est jointe à eux. De l'autre, le bloc des Empire centraux, qui regroupe l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, auxquelles s'est jointe l'Italie. Chaque allié risque de se trouver entraîné dans une guerre par suite des alliances défensives que ces puissances ont signé entre elles.

- la multiplication des crises à partir de 1905, qui trouvent leur origine soit dans les rivalités coloniales, soit dans les problèmes balkaniques, l'enjeu étant alors dans ce dernier cas la survie même de l'Autriche-Hongrie (la guerre de 1914 éclatera à l'issue d'un conflit austro-serbe, lequel faisait lui-même suite au meurtre de l'archiduc héritier de la couronne autrichienne par des ultra-nationalistes serbes, à Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine, alors sous contrôle autrichien).

Il convient toutefois de remarquer que la guerre n'a nullement été considérée comme inévitable par l'opinion publique, jusqu'à la veille même du déclenchement du premier conflit mondial. Il n'y a pas eu, semble-t-il une longue "veillée d'armes" de 1905 à 1914. L'opinion publique avait bien d'autres préoccupations (religieuse, sociale, etc ...). Mais on ne peut nier qu'à partir de 1910, les conflits deviennent de plus en plus fréquents, menant les gouvernants à envisager l'éventualité d'un conflit armé.

B) Les attitudes face à la "montée des périls"
Deux attitudes symétriques, radicalement différentes, se font jour dans deux fractions minoritaires de l'opinion. A l'extrême gauche, l'antimilitarisme lié à l'antipatriotisme (ces deux notions ne recouvrent pas la même chose : on va le voir). A droite, le développement du sentiment nationaliste, qui place l'intérêt de la nation au-dessus de tout, et ne recule pas devant l'idée d'une guerre si celle-ci était à même de renforcer la place de la nation : le thème des "provinces perdues" -perdu de vue depuis les années 1890- connaît alors un incontestable regain.

1. A l'extrême gauche, dans les années 1905-1914, s'était développés un triple sentiment, "l'antipatriotisme", l'antimilitarisme et le pacifisme.
- Le plus radical de ces sentiments, l'antipatriotisme, se manifestait dans certains courants de la SFIO et à la CGT. Il découlait d'une donnée simple, une interprétation radicale de l'internationalisme prolétarien, fondée sur l'idée que les prolétaires n'ont pas de patrie (peu importe en effet l'étiquette nationale de leurs exploiteurs); et par ailleurs, sur la certitude que la prise de conscience de leur exploitation devait conduire les prolétaires de tous les pays à s'unir ("prolétaires de tous les pays, unissez-vous" avait proclamé Marx dès 1848). Mais la réalité ne correspondait pas à cette vision : à la SFIO, les "antipatriotes" de la tendance Gustave Hervé ne représentaient que 10% des mandats dans les congrès du parti. Plus nombreux à la CGT, les antipatriotes firent adopter à Amiens, lors d'un congrès de la confédération syndicale, une motion appelant à l'intensification de la propagande antipatriotique (charte de 1906). Mais les socialistes dans leur majorité conservaient la référence au fait national. "Même l'accord des nations dans la paix définitive n'effacera pas les patries qui garderont leur profonde originalité historique", déclarait Jaurès en 1903.
- L'antimilitarisme, ou rejet de l'institution militaire était forte à la CGT (l'armée avait été affectée au maintien de l'ordre durant les grèces depuis de nombreuses années). Mais à la SFIO, il ne dépassait pas la tendance Hervé. La majorité du parti, suivant en cela Jaurès (l'Armée nouvelle), se prononçait pour une armée démocratique, fondée sur l'idée de milices, où les officiers, ne formant plus une caste séparée, se rapprocherait des soldat-citoyens. L'antimilitarisme ne s'accompagne d'ailleurs pas toujours d'antipatriotisme, et il recule au sein de la CGT après 1911.
- Le pacifisme, enfin, ne prenait que rarement la forme extrême du "défaitisme", c'est-à-dire la volonté d'éviter la guerre à tout prix, même au prix d'une défaite politique et nationale. Hervé, une partie de la CGT, prônaient le défaitisme, estimant qu'en cas de déclaration de guerre, les ouvriers devaient réagir par le refus de répondre à l'appel et par l'insurrection. Mais les défaitismes étaient peu nombreux, la majorité des socialistes restant simplement pacifistes, c'est-à-dire désireux d'agir essentiellement en faveur de la paix dans le cas de crise internationale aiguë. Les socialistes proposaient, à court terme, des contacts avec les autres partis "prolétariens" d'Europe, surtout le Parti social-démocrate allemand; à plus long terme, la mise au point d'un système d'arbitrage international pour prévenir les conflits. Mais jamais les partis socialistes européens ne purent s'entendre sur l'idée d'une grève générale, et leurs chefs admettaient fort bien la notion d'une guerre défensive, destinée à sauver l'indépendance de la nation française (ou allemande) et de sa classe ouvrière.
Au total, le mouvement ouvrier et le mouvement socialiste ne sont que faiblement antimilitaristes (tout en étant favorable à une armée "populaire" et "démocratique), très peu antipatriotes (la plupart se réfèrent à la patrie, surtout la patrie révolutionnaire), et dans l'ensemble pacifiste, et non défaitiste (leur grand problème restant de découvrir des procédures permettant de sauvegarder la paix).

2. Le nationalisme semble connaître un renouveau dans les années 1910, on note à cette époque la conversion au nationalisme d'écrivains tels que Charles Péguy, catholique qui avait milité dans les rangs dreyfusards, ou celle d'Ernest Psichari, petit-fils d'Ernest Renan, qui, dans L'Appel des armes fait l'éloge du sacrifice du soldat.
L'influence nationaliste en milieu étudiant est également attestée par la publication d'une enquête réalisée par "Agathon" -ce pseudonyme dissimulait Henri Massis, publiciste lié à l'Action française, mouvement royaliste et nationaliste d'extrême droite. De même, les obsèques de Paul Déroulède, décédé en février 1914, furent l'objet d'une imposante manifestation nationaliste. Mais il semble que cette poussée -avec une résurgence du thème des provinces perdues, exaltations des valeurs guerrières (parlant d'un de ses héros, Psichari écrit : "une résonance lointaine lui revenait qui roulait de toute une profondeur mystérieuse : la guerre est divine")- soit restée circonscrite à certains secteurs de l'opinion, une fraction importante de la jeunesse universitaire, des éléments appartenant aux classes moyennes parisiennes, quelques écrivains importants. Il y aurait donc quelques abus à généraliser ce type de situation.

II) Le patriotisme défensif et l'entrée en guerre

A) Le patriotisme défensif
La patriotisme républicain différait -on a eu l'occasion de le voir- du nationalisme. Contrairement à ce dernier, le patriotisme ne séparait pas la cause de la France de celle de la République et conservait une référence universaliste. Mais dans les premières années de la décennie 1910, ce patriotisme revêt une forme inquiète, celle du "patriotisme défensif", persuadé qu'un grand péril pèse sur la nation et qu'il convient de préparer la défense de la patrie. L'élection à la présidence de la République de Raymond Poincaré, laïque et patriote intransigeant, avec l'appui de la droite et du centre, en est un signe patent en février 1913. Son élection est suivie par une des plus âpres batailles politiques de l'avant-guerre, autour de la loi des "trois ans". Au printemps de 1913, à la demande de l'état-major, le gouvernement Briand, soutenu par Poincaré, porta le service militaire de deux à trois ans. L'effectif supplémentaire ainsi obtenu devait permettre à l'armée française de passer à l'offensive en cas d'attaque allemande. La loi fut votée en juillet 1914, mais les élections d'avril 1914 se firent sur la question militaire, opposant d'un coté les partisans de la loi (la droite et le centre), de l'autre les gauches (radicaux et socialistes). Ces derniers l'emportèrent, mais ne remirent pas la loi en cause. Il convient de remarquer que, d'une part, les partisans des "trois ans" se situaient dans une perspective strictement défensive, une offensive française ne pouvant que constituer une riposte à une offensive allemande. D'autre part, les adversaires de la loi critiquaient bien davantage les modalités de la défense nationale que le principe lui-même, et ne se faisaient nullement les adeptes d'un quelconque "antipatriotisme".

B) L'entrée en guerre
1. La mobilisation : de la tristesse à la résolution.
Jean-Jacques Becker a décrit l'entrée en guerre, critiquant l'image d'Epinal d'un enthousiasme général ("A berlin", répondant au "Nach Paris" des foules allemandes), il a établi que l'annonce de la guerre (1er août) s'était faite dans la consternation et la tristesse ("Voici le glas de nos gars qui sonne" aurait murmuré une vielle campagnarde de la France profonde). Peu de rassemblements joyeux, hormis quelques nationalistes qui se montrent bruyamment sur les grands boulevars. Mais quelques jours plus tard, le départ des mobilisés (jusqu'au 10 août) se fit dans la résolution, sinon dans l'enthousiasme.
La conscience qu'une agression venait d'être commise contre la patrie, et qu'il était donc nécessaire de la défendre, expliquait cette attitude, résolue, mais nullement enthousiaste.

2. L'attitude des grandes forces de l'opinion : les syndicalistes, les catholiques, les socialistes.
- Les syndicalistes présentent le cas le plus spectaculaire de revirement, on a vu les positions de la CGT d'avant-guerre, antimilitariste, voire antipatriotique. Pendant la crise qui précéda l'entrée en guerre (les derniers jours de juillet), la CGT avait appelé à manifester et rappelé son irréductible hostilité à la guerre, conformément au congrès de 1912, qui avait proclamé le refus de la classe ouvrière "d'aller aux frontières". Mais le 31 Juillet 1914, le comité confédéral repousse l'idée de grève générale et le 4 août, le secrétaire général, Léon Jouhaux, déclare son adhésion à la défense nationale. Il semble bien, en réalité, que la plus large partie de la "classe ouvrière" était gagnée aux idéaux de défense nationale, rendant illusoire toute tentative de mouvement allant en sens inverse. Jouhaux devait d'ailleurs donner un sens à cette action, en assimilant la France républicaine à la France révolutionnaire de l'an II, menacée par les souverains coalisés d'Europe et en soulignant le fait que le peuple français ne se battait par contre le peuple allemand, mais contre l'impérialisme et le militarisme germanique.
- Pour les catholiques, l'effort de défense nationale ne posait pas de problème de principe. Au contraire une frange des catholiques était de longue date acquise au nationalisme. Dans l'ensemble, ils liaient étroitement le combat national et le sentiment religieux, en défendant la patrie comme une terre ce catholicité. "La France", écrivait une de leur revue, est "l'infatigable apôtre de l'Eglise", et "le généreux chevalier de Dieu". Il se posait toutefois la question de l'intégration des catholiques à la vie publique, alors que la législation des radicaux en avaient fait des exclus. Très habilement, pour faciliter cette intégration, le ministère de l'Intérieur décida, dès les premiers jours de la guerre, de suspendre les poursuites contes les congrégations non autorisées.
- Les socialistes, durant la crise internationale (la semaine qui avait précédé la guerre), s'étaient référés à leurs idéaux pacifistes et internationalistes, rappelant le principe de la grèce générale. Des rassemblements avaient réuni des milliers de personnes. Jean Jaurès avait tenté d'établir le contact avec les socialites allemands; il fut assassiné à Paris le 30 juillet par un fanatique d'extrême droite. Mais l'annonce de la mobilisation fut aussitôt suivie du ralliement à la défense nationale et le 4 août, les députés socialistes votèrent les crédits de guerre. Si, par la suite, ils s'en justifièrent en invoquant le vote des députés sociaux-démocrates allemands au Reichstag en faveur des crédits de guerre, ils appliquaient logiquement là le principe suivant lequel la défense nationale s'imposait en cas d'agression contre la nation. Comme les syndicalistes, ils expliquèrent leur prise de position comme un combat contre le militarisme et le système autoritaire allemand.

3. L'Union sacrée.
On appelle ainsi la trêve que conclurent les forces politiques en vue de pratiquer ensemble la défense nationale. Le gouvernement la facilita en suspendant les poursuites contre les congrégations non autorisées, ce qui rassura les catholiques. Il s'abstint de procéder, d'autre part, à l'arrestation préventive des leaders syndicalistes soupçonnés d'antimilitarisme -fichés sur un document dit "carnet B". Formés de leaders de gauche majoritairement, il accepte en son sein des adversaires de la veille (des "troisannistes", comme Briand) et surtout des socialistes (les premiers à entrer au gouvernement à l'exception du socialiste dissident Millerand), comme Marcel Sembat ou Jules Gruesde. Les catholiques toutefois n'y ont pas de représentant dans l'immédiat. C'est le président Poincaré qui, me 4 août, prononce le premier le mot "d'union sacrée" : "la France sera héroïquement défendue par tous ses fils dont rien ne brisera devant l'ennemi, l'Union sacrée".

Ch 7 : Les Mouvements Economiques Français (fin)

Posté le 02.01.2008 par courslille3
Voici un complément du Chapitre 7 : Les Mouvements Economiques Français, fait en classe la dernière semaine avant les vacances :

Quelques éléments sur le rôle de l’état dans l’économie :
Le libéralisme économique est mis en place depuis la révolution française, supprimant ainsi les règlements corporatifs et les ordonnances royales qui réglementaient l’économie et la liberté de circulation commerciale (par le biais de taxes).
Les Physiocrates (comme Turgot) sont les premiers à dire que le corporatisme entrave la production. C’est un décret du député Allarde qui supprime le corporatisme.
La loi constituante proposée par le député Le Chapelier interdit aux salariés de se rassembler et de se coaliser pour défendre leurs intérêts, car cela va à l’encontre de la liberté du marché du travail.

Avant 1914 :
* Le libéralisme est la règle, mais l’état est présent, il fixe le cadre de l’activité économique. Il peut ainsi protéger son économie par des tarifs douaniers (même si en 1860-1885 les tarifs étaient faibles), les tarifs industriels (1884), les tarifs agricoles (les tarifs douaniers de Méline en 1892 protégeant les agriculteurs). Ce protectionnisme est une défense de l’équilibre de la nation.

* L’Etat à la charge de définir la monnaie, Napoléon Ier a défini sous le consultat le 17 Germinal XI (7 avril 1803) le Franc (dit Franc Germinal) à 0.322 grammes d’or. Valeur qui reste stable jusqu’en 1914. La Banque de France (privée à l’origine), créé par Napoléon, reçoit le monopole d’émission de monnaie et devient ainsi la Banque Centrale.

* l’Etat édicte la réglementation juridique (1867 : sociétés anonymes autorités, ce qui entraîne un essor de la création d’entreprises), l’Etat donne l’impulsion nécessaire, notamment pour les chemins de fer sous le Second Empire et définie les tracés généraux. Il donne des garanties d’intérêts à ces sociétés ferroviaires.
L’Etat ne s’occupe par directement de la production sauf en ce qui concerne des allumettes, du tabacs, de la poudre, de la salpêtre, du monopoles des postes (1801), les télégraphes et les téléphones (PTT : Poste Télégraphe Téléphone).

Après 1914 :
* Pendant la Grande Guerre, c’est une phase dirigiste mais improvisée, la Banque de France suspend la convertibilité du Franc en or. L’Etat doit faire face à un déficit colossal mais aussi aux avances de la Banque de France.
L’Etat mobilise la main d’œuvre, c’est ainsi que les femmes ont été employées dans l’industrie (munitionnettes), de même pour la main d’œuvre étrangère. L’Etat installe un certain dirigisme et taxe les produits.
A partir de 1917, suite à la guerre sous-marine qui empêche le ravitaillement depuis les Amériques, le rationnement est décrété.
Les industries sidérurgiques et de l’armement sont privilégiées, mais tout ceci sera supprimé avec le retour à la paix.

* Dans les années 30, il y a de nouveau l’intervention de l’Etat qui devient réellement durable (jusqu’aux années 80), par un protectionnisme accentué, notamment dans le secteur primaire.
C’est la première fois qu’il y a une tentative de politique économique globale, qui est mise en œuvre par le Front Populaire pour relancer le pouvoir d’achat. La durée de temps de travail est diminuée.
De même, l’Etat veut réguler le marché agricole, notamment avec l’office du blé.
Le Franc est dévalué dans les années 30, ce qui à d’importantes conséquences sur le plan social, notamment pour les petits rentiers. Il y a néanmoins peu de nationalisation dans les années 30, si ce n’est celle des chemins de fer en 1937, par la création de la SNCF suite au rachat des dernières entreprises ferroviaires afin de les protéger de la faillite.

Ch 7 : Les Mouvements Economiques Français (suite)

Posté le 02.01.2008 par courslille3
Ce poly est un complément du Chapitre 7 : Les Mouvements Economiques Français

L'évolution des forces productives :

On examinera ici plus en détail les questions relatives aux secteurs fondamentaux de la production, l'agriculture et l'industrie. L'analyse des forces productives passe par l'examen des technologies de production (et de leur progrès, plus ou moins rapide), des résultats obtenus grâce à leur mise en oeuvre (mesurés par la productivité, c'est-à-dire le rapport entre le temps de travail passé à produire une valeur et le montant de cette valeur), ainsi que des structures de production (taille des unités, et statut : propriété indépendante ou entreprise capitaliste).

I) Le lent cheminement des progrès agricoles des XIXème et XXème siècles

Les transformations de l'agriculture se sont opérées dans le cadre d'une nation "paysanne", où l'importance de la population agricole a toujours été jugée indispensable à l'équilibre social et politique. La Révolution française de 1789, en supprimant les vestiges de la féodalité, a par ailleurs conforté la propriété paysanne. La IIIème République a pu se dépeindre comme une "démocratie rurale" de propriétaires indépendants. Même si ces données méritent des nuances, elles possèdent un fond de vérité.
On a déjà vu la lenteur du mouvement de transfert des populations rurales vers les villes. Le maintien d'une grande partie des actifs dans le secteur agricole pendant notre période confirme cette première donnée.

Part de la population agricole (tout statuts confondus : exploitants propriétaires, exploitants non propriétaires ou salariés) dans le total des actifs :
1881 : 50%
1891 : 47%
1906 : 42%
1921 : 42%
1926 : 38%
1936 : 36%

Remarque : Le chiffre de la moitié des actifs dans l'agriculture en 1881 est particulièrement élevé. En 1936, le chiffre de plus d'un tiers des actifs encore dans l'agriculture fait de la France un cas à part parmi les autres pays industriels.

A) La phase la plus active a été celle de 1820-1870
En effet, si la période 1845-1870 a été particulièrement brillante pour l'économie française, les années qui ont précédé (1820-1845) ont préparé la phase d'expansion, il en est de même pour l'industrie, nous le verrons plus loin.
Pendant cette période, la hausse de la production permet de surmonter les dernières crises de sous-production (comme celle de 1848, au cours de laquelle les mauvaises récoltes, privant la paysannerie d'une partie de son pouvoir d'achat, ont entraîné un phénomène de mévente des produits industriels, et par là, une crise générale). Une autre conséquence est la possibilité de diversification des cultures par une paysannerie dont la seule obsession était jusque-là la culture à tout prix des céréales panifiables, source de la survie. Ainsi, après 1850, on assiste au recul du seigle et du "méteil" (mélange de seigle et de froment), et au développement du froment, du maïs et de la vigne.
Les jachères reculent, cédant la place à l'herber et à l'élevage. Ces progrès ne sont pas dus à des progrès techniques, encore très rares : la paysannerie reste sur ce plan conservatrice, pour des raisons sociales. Ainsi, la faucille, maniable par une main d'oeuvre féminine, reste longtemps préférée à la faux, plus efficace, mais plus lourde. Les progrès viennent essentiellement de l'accroissement des surfaces cultivées, qui atteignent leur extension maximale sous le Second Empire (vers 1862).
Enfin, les cultivateurs disposant d'importants surplus bénéficient de l'unification du marché national et de la construction du réseau ferroviaire : certaines régions (légumières, fruitières, viticoles, florales) vont pouvoir développer leur spécialité.
Ces progrès globaux permettent le démarrage industriel, mais ne profitent que très inégalement aux masses paysannes.

B) La phase des années 1870-1914 est marquée dans un premier temps par la dépression des années 1870-1895.
Outre les difficultés nées de la concurrence de l'outre-mer, l'agriculture française connaît des difficultés spécifiques concernant certains secteurs. Le plus célèbre est la destruction du vignoble français par un puceron microscopique, le phylloxera vastatrix, introduit en France par des plants américains contaminés au début des années 1860. Après 30 ans de ravages (1860-1890), il faudra 10 ans pour reconstituer le vignoble dans sa totalité. Mais c'est la baisse des prix agricoles qui constitue la principale difficulté pour les agriculteurs. Le Parlement, pour sauver l'agriculture, vote des tarifs protecteurs, qui permettent la survie des cultivateurs.
Désormais, jusqu'à la guerre de 14, deux réalités vont s'imposer :
- Protégé par les barrières douanières, le monde des exploitations agricoles française reste un monde de petites exploitations. Au recensement agricole de 1912, il était relevé que 46% des exploitations (près de la moitié) se situaient entre 1 et 10 ha. et que les exploitations de plus de 40 ha. recouvraient 45% de la superficie cultivée.
- Cela n'exclue par des progrès réels, mais lents et inégalement répartis géographiquement, chez les gros exploitants et même chez les petits :
. au niveau de l'utilisation des sols, recul des jachères et progrès de l'herbe, donc de l'élevage;
. au niveau des techniques, progrès du matériel utilisé (utilisation plus répandue de la charrue, emploi encore rare de machines comme la moissonneuse lieuse); amendement des sols (enrichis par la chaux, plus rarement par les engrais); enfin début de sélection des espèces animales ou végétales.
Tout ceci ne permet pas de définir l'agriculture comme "modernisée", mais les progrès sont réels.

C) La période 1914-1938 débute par la Grande Guerre,...
... caractérisée par la hausse des prix agricoles, mais aussi de grandes difficultés des exploitations (les hommes sont partis à la guerre, les pertes seront énormes : 500 000 tués), reprises en main par les femmes. Les friches s'accroissent, les sols ne sont plus amendés, les technologies du travail régressent : tout ceci vient atténuer l'effet bénéfique de la hausse des prix, dont le produit thésaurisé est souvent détruit par la dévalorisation monétaire.

La reconstruction est brillante et rapide (vers 1925), mais l'entre-deux-guerre ne bénéficie pas à l'agriculture : la prospérité des années 1920 ne lui rapporte pas et la dépression des années 1930 l'atteint profondément (les prix agricoles diminuent de 50% en 1930-1935). Là encore il y a un double phénomène :

* de lents progrès entre 1920 et 1940 : les rendements augmentent (13 quintaux à l'ha. en 1913; 18 en 1938); la part de l'élevage s'accroît dans le revenu paysan; les engrais chimiques se répandent (pour la première fois) dans les campagnes; la charrue et la faucheuse se sont généralisées, mais la traction reste animale : la motorisation reste à faire; les tracteurs (appareils lourds et peu prisés dans les années 1930) sont utilisés dans une minorité d'exploitations. Mais dans l'ensemble, l'agriculture française, malgré des quantités produites importantes, reste moins moderne et moins spécialisée qu'ailleurs : l'agriculture britannique s'est depuis longtemps spécialisée dans l'élevage, les Allemands utilisent deux fois plus d'engrais azotés à l'ha. en 1933.

* A cela, deux raisons :
- la crise des années 1930 se traduit par une chute brutale des cours internationaux. L'agriculture française, frappée par la chute des cours, s'en protège par le malthusianisme (dénaturation des produits, ou destruction pure et simple, primes à l'arrachage, etc.). Cette politique contribue à figer les structures et les techniques.
- l'agriculture française reste une agriculture d'exploitation familiale essentiellement. Si entre 1912 et 1929, les très petites exploitations (1 ha. et moins) ont eu tendance à disparaître, ce sont les moyennes (10 à 40 ha.) qui se sont accrues. Très souvent, il s'agit pour 75% d'entres elles, d'exploitations exclusivement familiales, la main d'oeuvre rurale salariée s'étant raréfiée depuis les années 1900. Ce caractère familial, exalté par la propagande officielle, entraîne une attitude autarcique (auto-consommation : une grande partie de la production est auto-consommée) et peu favorable à la spécialisation (l'autarcie encourage les orientations polyculturales).
Si au XIXème siècle, les progrès agricoles avaient permis le démarrage industriel, on peut considérer que la "révolution" agricole du XXème siècle reste encore à faire en 1939. CE sera l'oeuvre de la période 1945-1975.

II) Un essor industriel brillant

La croissance industrielle, par comparaison, paraît plus brillante. Le développement industriel a été continu, mais il est possible de distinguer des phases d'expansion plus marquées, ce sont :
- 1845-1870;
- la "Belle Epoque" 1895-1913;
- la période des années 1920.

Mais les trente premières année du siècle sont souvent considérées comme une phase de croissance continue (voir leçon précédente), interrompue par "l'accident" que serait la Grande Guerre.

A) La phase de démarrage a lieu pendant la période qui va du milieu des années 1840 à la fin du Second Empire, comme on l'a vu précédemment.
Mais elle a été précédée par une phase préparatoire, depuis 1815 (la fin des guerres de l'Empire) jusqu'en 1845. Cette phase est caractérisée par :
- la croissance de la production, tirée par la demande de biens de consommation (le textile reste l'industrie majeure employant 60% de la main d'oeuvre industrielle dans la première partie du XIXème siècle)
- cette croissance ne s'accompagne pas encore d'une révolution technique : les technologies anciennes continuent d'être prédominantes (utilisation du charbon de bois pour la production de la fonte au lieu du coke dans la métallurgie; tissage à main plus répandu que la machine à vapeur dans le textile)
- la hausse de la production est donc réalisée grâce à l'accroissement de la main d'oeuvre, beaucoup plus que par l'amélioration de la productivité (vers 1790, la main d'oeuvre industrielle représente 15% des actifs; en 1850, 25%).

A partir de 1845-1850, l'économie industrielle démarre véritablement, avec les caractéristiques suivantes :
- bouleversements technologiques : essor métallurgique, stimulé par la demande ferrovière, celle des machines textiles, et des machines à vapeur (la fonte au coke se généralise, le convertisseur Bessemer, introduit en 1858, permet de fabriquer un acier de meilleure qualité); utilisation de la machine à vapeur (la production de chevaux-vapeurs passe de 67 000 et 1850 à 336 000 en 1870); construction des grands axes ferroviaires.
- ceci entraîne : un progrès de la productivité (la main d'oeuvre industrielle reste stable sous le Second Empire); avec comme conséquences une hausse des profits (dont la part augmente par rapport aux salaires) et un essor des investissements.
- cette industrie est exportatrice, en 1860, la France exporte 40% de sa production de matériel ferroviaire.

Comme on l'a vu, le ralentissement des années 1870-1895 a entraîné une "décélération" (Asselain) de l'industrie, frappée par le ralentissement de la demande intérieure (crise agricole et diminution du pouvoir d'achat des agriculteurs) et le protectionnisme des pays industriels, qui ferme les débouchés extérieurs. Durant ces années, la main d'oeuvre industrielle reste aux alentours de 30%.

B) La nouvelle impulsion industrielle, de la fin du XIXème siècle à la veille de la Grande Guerre.

C'est la vague d'innovations de la fin du XIXème siècle qui va relancer l'économie industrielle. En effet, des secteurs nouveaux apparaissent, fondés sur la fabrication de biens correspondant à des besoins nouveaux. L'automobile, dont les débuts se situent dans les années 1890. En 1914, 155 entreprises, dont Renault, Panhard, Peugeot, fabriquent 40 000 automobiles, dont une grande partie est exportée. L'industrie aéronautique démarre, avec 94 entreprises à la veille de la guerre. La fabrication de matériel électrique participe à l'essor des années de la Belle Epoque (création de Thomson en 1893, de la Compagnie générale d'électricité en 1898).

L'essor de ces secteurs entraîne l'économie entière, par deux mécanisme :
- ils émettent une forte demande de biens émanant des autres industries : l'automobile fournit des débouchés aux aciéries, à l'aluminium (lui même produit par des procédés électro-métallurgiques), au caoutchouc (matière première importée, mais travaillée par Michelin);
- outre cet effet d'entraînement, les effets sur la productivité sont bénéfiques : par la mise en oeuvre de la nouvelle source d'énergie que représente l'électricité; et par la réorganisation du travail que supposent les industries de montage, comme l'automobile et la construction d'avions (mais la "taylorisation" ne sera introduire que plus tard.)

La distinction entre secteurs "nouveaux" et secteurs "anciens" date donc de cette époque. Mais les progrès bénéficient aussi aux secteurs anciens, qui restent majoritaires dans l'emploi industriel (le textile emploie 40% de la main d'oeuvre industrielle). L'augmentation de la productivité se retrouve dans tous les secteurs, qu'ils soient "anciens" ou "nouveaux".

C) La croissance des années 1920 et la crise des années 1930

La Grande Guerre représente une parenthèse dans l'histoire industrielle. Il faut remarquer toutefois que les nécessités de l'économie industrielle ont amené dans les ecteurs liés aux fabrications militaires de grands progrès de productivité, compensés, il est vrai, par un important sous-investissement dans les secteurs des biens de consommation. Ici encore, la reconstruction est rapide (voir leçon précédente).

1. La croissance des années 1920 semble poursuivre l'expansion des premières années du siècle. Elle revêt trois caractères spécifiques :
- parmi les secteurs de pointe, outre ceux déjà cités, prend place la chimie : les engrais, les colorants, les produits pharmaceutiques. Mais toutes les industries de bien d'équipements participent à la forte croissance des années 1924-1929 (+5% par an).
- les progrès de productivité connaissent des taux records, par la réorganisation des méthodes de travail (automobile, industries mécaniques en général). Il s'agit de compenser les pertes de main d'oeuvre, résultant de l'hécatombe de la Grande Guerre; (l'immigration d'ailleurs se développe)
- enfin on note un processus de concentration des entreprises, phénomène assez nouveau. La main d'oeuvre industrielle (33% des actifs en 1930) se répartir ainsi à la fin des années 1920 :
26% dans entr. de + de 500 ouvriers (USA : 37%)
33% dans entr. de 50 à 500 ouvriers (USA : 43%)
40% dans entr. de moins de 50 ouvriers (USA : 20%)
Si les entreprises de plus de 500 ouvriers sont en plus grand nombre qu'avant 1914, la France présente une structure moins concentrée qu'aux Etats Unis.

2. Les années 1930 voient un ralentissement industriel, moins marqué que dans l'agriculture, mais la part de l'emploi industriel retombe au niveau de 1913 (32%). Il faut distinguer trois types de cas :
- les industries dont le ralentissement, déjà perceptible avant la crise, s'accentue, comme le textile (qui représente 30% des emplois industriels);
- les industries en croissance dans les années 1920, touchées par la crise, comme les production métallurgiques (acier) et mécaniques : les biens d'équipement sont beaucoup plus durement frappés, étant donné la baisse des investissements;
- les industries qui conservent leur dynamisme, "modernes" et cartellisées (ce qui leur permet de résister à la baisse des prix, conclure un accord de cartel signifie, pour un groupe d'entreprises, passer une entente pour maintenir les prix d'un produit ou se répartir les parts de marché), comme le pétrole, l'hydroélectricité, les industries chimiques.
Mais dans l'ensemble, les structures familiales et le retard dans la modernisation de l'outillage représentent un lourd handicap pour l'industrie française.

Ainsi, l'industrie française présente-t-elle un de ses traits permanents : la coexistence de secteurs anciens et vieillissants, et de branches dynamiques, à l'avant-garde du progrès technique. Là, comme dans l'agriculture, on retrouve aussi une part excessive de la petite entreprise familiale, malgré un réel effort de concentration dans les années 1920.

La croissance française rélève ainsi des aspects contrastés : capacité à innover et à assimiler rapidement le progrès-technique, mais aussi maintien de structures anciennes, qui témoigne, beaucoup plus que d'un "manque de hardiesse"n d'une grande prudence devant des bouleversements brutaux (qu'aurait impliqué par exemple le délestage brutal de l'agriculture).

Chapitre 7 : Les Mouvements Economiques Français

Posté le 02.01.2008 par courslille3
Chapitre 7 : Les Mouvements Economiques Français

La Croissance d'une économie peut se définir comme l'augmentation constante et régulière des ressources produites dans une économie donnée. Ce phénomène a pu être repéré depuis le XVIIIème siècle pour certains pays européens (Royaume Uni en premier, puis la France, suivies par d'autres nations européennes -comme l'Allemagne- et les Etats-Unis d'Amérique). Ces transformations ne présentent pas un aspect seulement quantitatif, elles induisent deux types de transformations structurelles majeures :
- avec l'acroissement des ressources mises à la disposition des agents économiques, la consommation se modifie, et par suite, le mode de vie
- les forces productives connaissent aussi des mutations de grande ampleur touchant la technologie de la production, et par là, la productivité du travail et la taille des unités de production.

I) Allure générale de la croissance française au XIXème et XXème siècle

La croissance est mesurable grâce à certaines grandeurs simples, comme le revenu national. L'observation de cette grandeur sur la période 1850-1940 permet de déduire deux éléments :
- la croissance ne se fait pas régulièrement : il y a des périodes d'accélération, suivies de phases de ralentissement, ce sont les fluctuations;
- cela permet de situer le démarrage de l'économie française dans une phase d'accélération

A) l'Accroissement de la fortune nationale

Le revenu national est le total des sommes encaissées par les Français, qui représentent la valeur totale des biens et des services produits par eux pendant une année. Les historiens de l'économie ont reconstitué les séries à partir des données incomplètes qui ont pu être conservées. On présente ces données sous forme d'indices, pour la commodité de la comparaison : la valeur de la production d'une année de la série est affectée de la valeur 100, les données relatives aux autres années étant calculées en proportion.

Exemple de calcul indiciaire : la production pour l'année x est de 1 500 000 automobiles ; celle de x-1 est de 1 200 000. Si l'on calcule en prenant pour année de base l'année x (x=100), x-1 équivaudra à (1 200 000 / 1 500 000) x 100 = 80

Voici quelle a été l'évolution du revenu national entre 1850 et 1938 sur la base 100 en 1913 :
1850 : 28
1860 : 46
1880 : 64
1901 : 73
1913 : 100
1929 : 138
1939 : 124

Les inégalités des rythmes apparaissent à travers ce tableau. 9 points d'indice séparent 1880 et 1901 (20 ans d'écart) et 26 points la période 1901-1913 (12 ans d'écart). En fin de période, un phénomène unique et inquiétant : la baisse de 6 points d'indice en 10 ans.

B) Les fluctuations

Le fait que la croissance n'est pas uniforme a depuis longtemps été détecté, même si les explications avancées ont pu varier suivant les historiens. Ces phrases d'accélération et de ralentissement ont été très tôt détectées.
L'économiste russe N.D. Kondratieff a publié en 1926 une étude portant sur 25 séries statistiques relevées en France, Etats-Unis, Royaume Uni, Allemagne, concernant des grandeurs variées, telles que les prix, les taux d'intérêt, les salaires, certaines productions fondamentales (charbon, acier). Il a discerné des "vagues" de 50 ans, formés d'une vague d'accélération, suivie d'un ralentissement, autour d'une date pivot marquée par le retournement;

Accélération ; Décélération
1ère vague : 1785 --> 1815 ; 1815 --> 1845
2ème vague: 1845--> 1870 ; 1870 ---> 1895
3ème vague: autour de 1895, aurait commencé une 3ème vague, encore en phase de croissance en 1926 (date de l'étude de Kondratieff).

L'Américain Schumpeter, en 1949, a complété l'étude en intégrant le ralentissement des années 1930. Il prévoyait, à juste titre, une nouvelle phase d'accélération à partir de 1950. Il a, en même temps, fourni une explication, sans doute partielle, de ces vagues restées inexpliquées par Kondratieff, on la verra plus loin.

C) Le démarrage de l'économie française : 1840-1870.

Les phases de Kondratieff ont orienté des recherches qui ont permis de situer le démarrage décisif de l'économie française dans la période 1840-1870, correspondant à la fin de la Monarchie de Juillet et au Second Empire. Il convient toutefois d'être prudent avec la périodisation "Kondratieff" : la période 1815-1845 a largement préparé l'accélération décisive des années 1840-1870.
Toujours est-il que, pendant cette période, on peut relever les phénomènes suivants :

- Progrès agricoles (sur une période plus large en effet, 1820-1870), qui permet, par l'amélioration des rendements et de la productivité, une meilleure alimentation et un début de dégagement du surplus de main d'oeuvre agricole;
- Accroissement décisif de l'équipement industriel (aciéries, locomotives, machines à vapeur);
- Construction des chemins de fer (surtout entre 1850 et 1870) qui unifient le marché national, favorisant les courants d'échanges entre les divers segments de l'espace national;
- Constitution d'un système bancaire cohérent qui permet de drainer l'épargne (partie non consommée du revenu qui est affectée à l'investissement, si la rémunération est jugée satisfaisante);
- Relative ouverture sur les marchés extérieurs : un traité de libre échange conclu avec le Royaume Uni ouvre les frontières. Ses effets resteront discutés, s'il n'a joué que partiellement, par l'intensification de la concurrence étrangère, un rôle de "coup de fouet" modernisateur, il n'a pas provoqué l'effondrement entier de l'économie française, comme le prévoyait les adversaires de l'Empereur Napoléon III, le signataire du traité.

II) Principales phases de l'histoire économique française de 1870 à 1940

Il convient de distinguer les phrases suivantes :
- le ralentissement de la fin du XIXème siècle (années 1870 à la fin du siècle 1890-1896);
- la croissance de la Belle Epoque (1896-1913);
- la croissance des années 1920;
- la crise des années 1930.

A) La phase de ralentissement des dernières années du XIXème siècle.

1. Les signes du ralentissement :
- 1er signe : la production; la production agricole stagne entre 1870 et 1890, la France devient même importatrice de vin à partir de 1880, de blé à la fin des années 1890. La production industrielle ralentit seulement; le taux de croissance est réduit de 60% à 75%.
- 2e signe : les prix; la tendance est à la baisse, ce qui est un signe de faible dynamisme de l'activité (la hausse des prix indiquant à contrario une demande forte de biens de consommation ou de biens d'équipement).
- 3e signe : les revenus, dont la croissance diminue. Entre 1850 et 1870, la hausse du revenu par tête avait été en moyenne annuelle de 1.6% par an ; entre 1870 et 1895, il n'augmente que de 0.6% par an. Encore s'agit-il d'une moyenne : le revenu paysan baisse carrément de 20% en 20 ans (1873-1895).

2. Les causes du ralentissement.
Plusieurs causes ont été avancées pour expliquer ce ralentissement. L'économie française a été touchée par la conjoncture de plusieurs phénomènes :
- la concurrence des pays "neufs" (Canada, Australie, Argentine, etc...) dans le domaine agricole, grâce aux progrès des transports maritimes (frigorifiques), qui fournissent des produits agricoles bien meilleurs marchés (denrées provenant de culture sur vastes surfaces, avec peu de main d'oeuvre);
- la généralisation du protectionnisme de la plupart des grands pays industriels (Allemagne, Etats-Unis), qui freinent les exportations françaises. La France devient protectionniste elle aussi, mais à la suite des autres nations;
- le ralentissement démographique, déjà vu à la leçon précédente, qui se traduit par une demande moins forte et une tendance au "gel" des structures;
- enfin, l'épuisement d'un cycle d'innovation, Joseph Schumpeter avait expliqué les "vagues" Kondratieff par les cycles d'innovation, qui provoquent des investissements massifs et un grand dynamisme de l'économie. La vague de 1845 serait celle des chemins de fer et des transports; elle serait épuisée aux alentours de 1870, en attendant la nouvelle vague de l'électricité et de l'automobile aux alentours de 1895. Ces observations valent pour tous les pays industriels.

B) La Croissance de la Belle Epoque (1895-1913)

1. Les signes.
On constate d'abord une croissance de la production : le rythme de l'accroissement annuel moyen du produit total s'établit ainsi :
- pour 1860-1890 : +00.9% par an
- pour 1890-1913 : +18.0% par an

Cela vaut pour l'agriculture comme pour l'industrie, bien que ce soit essentiellement les investissements industriels qui tirent le tout : l'outillage industriel s'accroît de 6% par an en moyenne.
On constate également une hausse des prix : +1.7% par an, ce qui est un signe de fort activité.
On constate enfin une hausse du revenu par tête qui a retrouvé le niveau de l'Empire : +1.3% par an, due essentiellement à la hausse des profits, beaucoup plus que celle des salaires.

2. Les causes de cette prospérité.
- Le redressement de l'agriculture, qui s'est modernisée, grâce à la protection rétablie en sa faveur dans les années 1890 (le tarif général Méline sur les produits agricoles date de 1892). Ainsi l'agriculture ne s'est pas "endormie" à l'abri de la protection, mais en a profité pour se moderniser.
- Le protectionnisme n'empêche pas une vigoureuse croissance des exportations, surtout industrielles, témoignant du dynamisme de l'industrie française. Sur la période 1887/1891 - 1909/1913, les exportations industrielles ont été multipliées par deux. Il y a donc, sous cet aspect, une intégration croissante de l'économie française à l'économie mondiale.
- Une nouvelle vague d'innovations vient stimuler l'activité dans les dernières années du XIXème siècle : l'électricité, l'automobile, comme en témoignent l'apparition d'entreprises (alors encore modestes) comme Panhard, Peugeot, Berliet. Outre les innovations et les nouveaux produits, le travail industriel se modifie : la taylorisation apparaît encore bien timidement à la veille de la Grande Guerre. Pourtant la France reste exportatrice de capitaux : disposant d'une importante épargne, les Français placent leurs capitaux à l'étranger (en Russie par exemple), ce qui est le signe qu'il y a recherche d'opportunités de placement que n'offre pas l'économie nationale.

C). La croissance des années 1920.

La Grande Guerre ne reste pas sans effet sur le plan économique, pourtant, comme on l'a vu, celle-ci peut être considérée comme une parenthèse dans une phase de croissance du cycle.

Elle a en effet des effets contrastés :
- les pertes humaines diminuent la population active (10% des actifs ont été tués);
- les pertes matérielles (destruction de biens immobiliers, des équipements et infrastructures) ont été considérables, mais la reconstruction représente en définitive une incitation à une activité accrue;
- toutefois, les pertes financières (créances perdues, comme les emprunts russes, ou liquidées pour financer les importations rendues nécessaires (actifs placés aux USA)), tout comme l'érosion monétaire, gêne la reconstitution d'une épargne : la reconstruction, à défaut de réparations allemandes, a été financée par l'inflation;
- enfin, l'industrie a souffert pendant 4 ans d'un phénomène de sous-investissement, l'essentiel des ressources ayant été consacrées à l'effort militaire.

La reconstruction a été brillante et rapide, elle a ensuite été suivie d'une phase de forte expansion :
- dès 1924, la production et le revenu ont retrouvé le niveau d'avant-guerre (1913);
- en 1929, le revenu national a gagné 38 points d'indice par rapport à 1913 : la croissance française a retrouvé sa pente ascendante d'avant-guerre. C'est bien la poursuite de l'expansion : fortes exportations industrielles, innovations et hausse de productivité, avec toutefois des ombres, comme la stagnation de l'agriculture et le retard de certains secteurs industriels, restés à l'écart de la croissance.

D) La crise des années 1930.

On a déjà vu les grands traits du point de vue social et politique des années 1930. Donnons ici, les grands traits signalétiques de la dépression des années 1930 :

* une plongée dépressive beaucoup plus profonde que précédemment, même si la France ne plonge pas dans les "abimes" américain ou allemand : la production industrielle baisse de 25% entre 19130 et 1935. Les prix baissent de 30%. Mais le revenu national résiste mieux : il diminue en moyenne de 12% (ce chiffre masquant de grandes disparités). La "résistance" du revenu est caractéristique de l'attitude des agents économiques en cas de crise.

* s'agissant du bilan, deux faits s'imposent :
- fait unique dans les pays industriels, ni la production, ni le revenu national n'ont retrouvé en 1938 le niveau de 1929 (voir le tableau du revenu national),
- si les revenus (surtout ceux des salariés, des pensionnés, des fonctionnaires) ont relativement bien résisté à la crise, le phénomène le plus alarmant reste le sous-investissement dont la part a diminué constamment dans la dépense globale : 17% des dépenses représentant les frais engagés au titre d'équipements nouveaux par les entreprises, c'est une situation de vieillissement de l'appareil productif qui s'est établi à la veille du second conflit mondial.
Avec la dénatalité, c'est l'aspect le plus inquiétant de la situation sociale et économique à la veille de la guerre de 39-45.

Chapitre 8 : La France rurale des années 1880 aux années 1930

Posté le 09.12.2007 par courslille3
(en raison d'un problème de scanner, je recopie les polys, à deux ou trois mots prêts)

Chapitre 8 : La France rurale des années 1880 aux années 1930

La France rurale pendant notre période revêt trois caractéristiques d'ensemble :
- le poids démographique : comme on l'a vu au premier chapitre, la population rurale représente les 2/3 de la population française vers 1885 et encore la moitié en 1930.
- une importance politique : le scrutin d'arrondissement grossit le poids de la terre; à partir de 1890 les batailles politiques se gagnent dans les villages et non plus dans les villes.
- sa complexité : elle ne comporte pas uniquement des paysans, au sens d'exploitants, de cultivateurs maîtres d'une exploitation grande ou petite qu'ils possèdent ou non (certains louent leurs terres, il s'agit des "fermiers" au sens strict du terme), et la travaillant de leurs mains, avec ou sans l'aide de salariés agricoles, très souvent en famille. Elle comprend également en outre des salariés agricoles (catégorie défavorisée avec un sort plus durs que les prolétaires urbains), des propriétaires résidant à la campagne (souvent rentiers modestes, il s'agit des "messieurs" des villages provençaux), des artisans ruraux en proportion d'autant plus importante que l'unité rurale vit encore en autarcie (ferblantiers, sabotiers, bourreliers, charrons, maréchaux-ferrants, etc ...), des commerçants, mais également dans les zones d'industries rurales, un prolétariat industriel rural.

Cette société n'a jamais été immuable, de tous temps les campagnes ont subi des évolutions, souvent lentes et certes moins visibles qu'ailleurs. Il importe de distinguer la période qui précède la guerre de 1914 (la Belle Epoque) et celle qui suit (l'entre-deux-guerres). C'est à partir de 1920 que l'on peut discerner des évolutions décisives.

I) La France rurale à la Belle Epoque :

Elle se caractérise par quatre traits principaux :
- une civilisation matérielle qui connaît une lente évolution
- une sociabilité particulièrement riche
- un soubassement culturel en pleine évolution
- une représentation sociale unifiée, dissimulant des statuts sociaux beaucoup plus diversifiés

A) Une civilisation matérielle qui connaît une lente évolution

L'alimentation paysanne traditionnelle se caractérisait par deux traits essentiels : le recours exclusif aux ressources locales et son manque de variété, ainsi, dans la majorité des campagnes durant le premier XIXème siècle, le pain restait l'aliment de base, souvent mangé rassis trempé dans la soupe, la viande demeurait un aliment de jours de fête.

A partir des années 1870, l'alimentation se diversifie, avec une présence plus grande de la viande, surtout dans les pays d'élevage porcin; le café et le vin deviennent courants. Ces transformations concernents surtout les régions qui s'ouvrent sur les échanges et qui donc se spécialisent dans telle ou telle production. Elles sont liées bien sur à l'essor de la production agricole.

De même, l'habitation devient plus complexe, au schéma traditionnel de la "maison-bloc", basse, avec pièce unique d'habitation peu meublée, se substituent des maisons à étage, ou des "maisons-cours", formées de plusieurs bâtiments juxtaposées et spécialisés. En matière d'habillement, la garde-robe se diversifie lentement, grâce aux achats faits dans les foires voire par correspondance. On a pu à ce propos noter que l'influence urbaine s'était répandue par le biais des robes de mariage.

B) Une sociabilité riche, juxtaposant des éléments anciens et des éléments nouveaux.

La sociabilité villageoise conserve des traits anciens, au moins avant 1890 : un peu partout, les "veillées", le plus souvent simple rassemblement familial, mais qui peuvent prendre l'allure de fêtes collectives; ou bien dans les régions du Midi, les chambrées (groupes d'hommes réunis autour d'un verre pour discuter de questions diverses : les classes populaires ont ici imité le modèle du cercle bourgeois citadin). Mais tout cela décline après 1890, dans l'ordre festif, les carnavals et les charivaris ont décliné dès la première partie du XIXème siècle. Les fêtes religieuses, très développées dans la première partie du XIXème siècle gardent leur importance, surtout dans les régions restées marquées par l'empreinte du christianisme (Vendée, Bretagne, ...)

Les formes nouvelles se développent surtout après 1890, les veillées disparaissent. "Là où elle subsiste, la veillée n'est plus qu'un rassemblement de femmes et de vieux où règnent les commérages [...]. Le café, symbole d'ouverture sur la société englobante, l'emporte sur la veillée, facteur de repliement du monde paysan sur lui-même" (Annie Moulin).
Le développement des associations (sportives, musicales, professionnelles, etc ...) caractérise aussi le monde rural à partir de 1880. Encadrées souvent par la petite bourgeoisie rurale, ces associations s'insèrent dans les réseaux départementaux ou nationaux, permettant ainsi l'insertion des campagnes dans l'ensemble national. Sur le plan festif, les cérémonies civiques et républicaines (14 juillet) occupent une place grandissante, concurrençant les célébrations à connotation religieuse. Le bal des conscrits, à forte connotation patriotique, remplace les bals plus anciens.

C) Un soubassement culturel en pleine évolution.

Un double bouleversement se produit : d'un coté, la langue française se répand dans les campagnes; de l'autre, l'écrit (qui suppose la double compétence de la lecture et de l'écriture) pénètre aussi dans le monde rural.

L'expansion de la langue française n'est que l'aboutissement d'un lent processus, commencé de longue date, il est difficile de tracer un tableau d'ensemble de la progression du français. Pour certains acteurs, encore vers 1850, le français est une langue étrangère pour la moitié des habitants du pays? D'autres soulignent au contraire que les non francophones intégraux (qui ne parlent, ni ne comprennent le français) ne sont plus qu'une minorité (10%?). Il semble au toral que la plupart des paysans comprennent le français mais utilisent toujours la langue locale vers 1850. Après 1870, la progession du français devient inexorable, surtout dans les générations jeunes, les parlers très éloignés du français (breton, basque, flamand (l'Alsace et la Moselle étant au sein du IIe Reich)) manifestant une résistance plus grande. A la veille de la Grande Guerre (14-18), le "bilinguisme" existait encore, mais se trouvait fortement atténué.

La progression du français résultait de l'action de deux vecteurs, l'enseignement et l'influence urbaine, au moyen de divers canaux. L'école joua un rôle déterminant, par la loi Guizot de 1833 (une école par commune), puis par les lois Ferry (la loi de 1882 institue l'obligation scolaire pour l'école primaire). La diminution du nombre de conscrits illettrés atteste bien ces progrès : 21% en 1872 ; 15% en 1887 ; moins de 4% en 1914.

L'influence urbaine, facilitée par l'essor des communications, s'est répandue par divers canaux : d'abord la diffusion de l'écrit dans les campagnes. Ainsi, avant 1870, par la diffusion des images d'Epinal et les almanachs (qui, avec les livres de messe, constituent l'essentiel des "bibliothèques" paysannes); après 1890, par la diffusion de la presse (les grands journaux populaires, comme Le Petit Journal).

Ensuite, le service militaire, qui a contribué à unifier la langue, mais aussi les modes de vie (alimentaire notamment), même si le recrutement conservait une base largement régionale. Enfin, l'intensification des relations postales dans tout le pays : on compte en 1880 14 lettres par an et par habitant ; en 1913, 40 lettres.

D) Une représentation unifiante, mais une société hiérarchisée et diversifiée.

Les organisations agricoles se mettent en place pendant les années de difficultés (années 1880-1890) : mutuelles, coopératives, syndicats professionnels, ... Mais les organismes qui tentent de fédérer ces organisations ne sont pas dirigés par des agriculteurs mais par des notables. L'Union centrale des syndicats agricoles de France (dit de la rue d'Athènes), créée en 1886, est dirigée par de grands propriétaires fonciers, bourgeois ou aristocrates d'opinion conservatrice et antirépublicainre. La Société Nationale d'encouragement à l'agriculture (dite du "boulevard Saint-Germain") est dirigée au contraire par des républicains, eux aussi des notables, mais plus modestes (propriétaires, notaires, médecins). Ces groupes fonctionnent "comme un syndicalisme d'unanimité qui fonctionne comme un groupe de pression" et donnent donc une image (fausse) d'un monde paysan unifié et solidaire.

En réalité, le monde paysan est hiérarchisé, la grande propriété n'a pas disparu (elle est présente dans l'Ouest, en Bretagne, également dans le Lyonnais). Il existe un prolétariat rural qui diminue plus vite que les propriétaires exploitants : des syndicats dans les années 1890-1910 tentent de les organiser (résiniers des Landes, maraîchers de la région parisienne, ouvriers vignerons du Languedoc). Mais parmi les exploitants, il existe de grandes inégalités entre notamment les gros fermiers beaucerons ou picards et les petits agriculteurs polyculteurs du Massif Central. Les petits exploitants des pays de vignoble ou de culture légumière sont en revanche prospères : il y a donc de grands écarts entre les diverses situations et des intérêts divergents, que masque une apparente unamité.

II) l'Entre-deux-guerres : "la terre qui meurt ?"

La guerre a des effets désastreux sur le monde paysan : saignée démographique, usure du capital productif (non renouvelé). Il a d'autres conséquences, comme le rôle grandissant des femmes dans l'exploitation en l'absence du mari, gains réalisés pendant le conflit du fait de la hausse des prix agricoles (rapidement annulés par l'inflation du lendemain de la guerre).

Mais si l'on examine les tendances lourdes du point de vue social, on relève quatre grandes tendances :
- Evolution lente mais décisive de la civilisation matérielle
- Changement dans les composantes de la société rurale
- Mutation décisive de la sociabilité et de la culture dans les campagnes
- Crise dans la représentation du monde agricole.

A) Evolution de la civilisation matérielle.

Des changements lents : dans l'alimentation, "les permanences l'emportent" (Histoire de la France rurale, par G. Duby et A. Wallon, tome 4). Le pain, la soupe et le porc restent la base mais il y a une plus grande variété (consommation de poisson frais, légumes variés, épinards, choux-fleurs, céléris, ...) et une plus grande recherche dans la confection des plats (les fameux plats régionaux ne sont pas si anciens). Permanence aussi dans l'habitat : les maison avec cuisine-salle commune et une ou deux chambres. Une nouveauté toutefois, le salon, chambre transformée en pièce de réception, d'apparat (on y expose les objets les plus beaux en vitrine, comme la vaisselle de qualité) et aussi lieu du souvenir familial (photos) : "sorte de nouvel autel aux dieux lares, ils s'ornemente du maximum de ces reliques du nouveau culte que sont les souvenirs de toutes espèces et les photographies".

Un changement décisif cependant, l'électrification des campagnes qui se produit entre 1919 (17% des rurales sont alors électrifiées) et 1932 (82%). Ces transformation de très grande ampleur modifie la vie quotidienne comme les conditions de la production : elle permet d'assurer le développement de petites industries rurales, destinées dans l'esprit des "aménageurs" de l'époque à freiner l'exode vers les villes.

B) Changements dans les composantes de la société rurale.

Un fait dominant : le triomphe de l'exploitation familiale :
- entre 1912 et 1929, les très petites exploitations (1 ha et moins) disparaissent, les moyennes (10 à 40 ha) se sont accrues ; les grands domaines voient se réduire leur importance.
- Pour les 3/4 d'entre elles, il s'agit d'exploitations familiales (55% des exploitations n'ont pas de salariés, 25% n'ont qu'un salarié, intégré à l'ensemble domestique) la main d'oeuvre salariée se raréfiant. Ainsi, "le double mouvement de croissance des exploitations de taille moyenne et de réduction continue de l'importance des grandes domaines et des microtenures transforme enfin en réalité sociale dominante ce mythe de l'exploitation familiale si souvent évoqué et glorifié dès les débuts de la IIIème République". La femme joue un rôle de plus en plus grand dans la direction de l'exploitation;
- Si les industries rurales ont tendance à régresser, l'artisanat rural conserve de l'importance. 570 000 personnes (320 000 patrons, 250 000 ouvriers) sont recensées dans cette catégorie en 1929. Les catégories traditionnelles (forgerons et charrons) sont encore dominantes mais des métiers plus modernes se développent, comme les électriciens-mécaniciens.
- Enfin, les rentiers ruraux ont disparu depuis le début du siècle. C'est moins l'inflation du lendemain de guerre qui les a fait disparaitre que la diminution lente de la rente foncière.
Mais le triomphe de l'exploitation familiale survient dans un contexte de crise agricole qui ne sera surmontée qu'au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

C) Des mutations culturelles décisives.

Ce triomphe correspond aussi à la disparition de certains aspects de la civilisation rurale traditionnelle. Plusieurs signes attestent de changements décisifs.
1. D'abord, l'apparition de musées du folklore, signe du recul des traditions (déjà constaté par la littérature "folkloriste" de la fin du XIXème siècle). En 1937, est créé le musée national des Arts et traditions populaires : costumes, meubles, ustensiles, etc ... sont désormais recueillis et conservés.
2. Ensuite, le recul de la vie religieuse fait disparaître le rôle de l'église et de la messe dans leur rôle social de rassemblement, au moins dans beaucoup de cas. Les grandes fêtes agraires comme les Rogations (bénédiction des récoltes) ne sont plus guère célébrées; les Rameaux sont toujours célébrés, mais essentiellement pour protéger la maison individuelle : le sens est familial et non plus collectif. Le culte n'est plus agraire.
3. De nombreuses coutumes (d'origines païennes, mais christianisées) reculent :
- les feux de la Saint-Jean, qui ne subsistent plus qu'en Artois, dans certaines parties du Massif Central, le Languedoc et la Corse.
- les carnavals (donnant lieu à des facéties, aspersions ou barbouillages, de la part de jeunes gens masqués, qui s'y livrent au cours d'un déplacement dans les maisons du village) se font rares.
- les veillées disparaissent : les familles restent chez elles. Cette disparition indique bien la mutation décisive : le repliement sur le groupe familial, et le recul définitif de la vielle collectivité villageoise.

D) La crise de la représentation agricole

L'organisation unifiée du monde agricole, caractéristique de l'avant-guerre de 14 est en voie de dislocation sous l'effet de plusieurs facteurs :

- l'essor d'un syndicalisme agricole d'exploitants créé en dehors des grandes organisations de notables, surtout dans l'Ouest catholique, sous l'impulsion parfois des "abbés démocrates". Ainsi la Ligue des paysans de l'Ouest (crée en 1927) déclare ne recruter que parmi les "personnes exerçant réellement la profession agricole" et combat l'influence des grands propriétaires nobles.

- l'apparition d'un syndicalisme de salariés agricoles. En 1920 est fondée à Limoges, la Fédération nationales des travailleurs de l'agriculture, qui adhère à la CGT (socialiste dans l'entre-deux-guerres); mais elle n'encadre à la fin des années 1930 que 7 à 8% des salariés du secteur; la rivalité entre organisations socialistes et communistes est forte à la campagne.

- enfin, la formation de partis paysans affirmant bruyamment leur souci de défense paysanne, comme le Parti agraire de Fleurant-Agricola et les comités de Dorgères. Celui-ci, agitateur efficace, se fait le promoteur d'une sorte de "fascisme vert" : actions de commando, organisation paramilitaire, et oppose la "pureté" rurale aux villes "corrompues", tombées aux mains d'une classe politique qui ne protège plus les intérêts paysans.

Au-delà de ces agitations, les années 30 voient le développement de thèses qui rejettent le libéralisme pour l'agriculture : à droite, le corporatisme, qui prône l'organisation face au marché; à gauche, l'interventionnisme, qui aboutit à la loi de 1936 sur la régulation du marché des céréales. Regroupement professionnel, régulation des marchés : ces deux caractéristiques se retrouveront dans l'après-guerre.

Ainsi, la période 1880-1940, aura-t-elle été décisive. Au plan culturel, par la mutation des campagnes ouvertes désormais aux influences urbaines. Au plan social, par la transformation du "paysan" traditionnel en exploitant agricole.

Chapitre 7 : La vie sociale et économique de la Fr

Posté le 07.12.2007 par courslille3
Chapitre 7 : La vie sociale et économique de la France : du milieu du XIXème au milieu du XXème siècle.

Lecture complémentaire :
D. BARJOT, J-P CHALINE, A. ENCREVE, La France au XIXème siècle, 1814-1914, 2e partie : chapitre 1 (p.297), chapitre 4 (p.407), chapitre 5 (p.447).

-> La croissance (=augmentation constante des ressources produites) s’observe à partir du milieu du XIXème siècle dans certains pays d’Europe (Royaume-Uni, France, puis Allemagne) et aux Etats-Unis.
-> Cette croissance est non seulement quantitative, mais elle implique aussi une croissance structurelle : améliorations des technologies de production, accroissement de la taille des unités de productions et modification des natures des activités économiques (passage de l’agriculture à des industries de transformation).
-> Ceci s’explique par la Révolution Industrielle, qui commence à partir de la fin du XVIIIème siècle : une partie de la production est désormais consacrée à la fabrication de produits destinés à satisfaire d’autres besoins que l’alimentation, entraînant une modification des modes de consommation.

I) L’allure générale de la croissance française

Entre 1850 et 1940, on peut constater deux phénomènes :

1er phénomène : l’accroissement de la fortune nationale et du revenu national (= total des sommes encaissées)
________________________________________________
|_1858_|_1860_|_1880_|_1901_|_1913_| 1929_| 1938_|
|__28__|__ 46__|__64__|__73__|_100_|_138__|_124_|
L’Evolution du revenu national entre 1858 et 1938 (série indiciaire, base 100=1913)

2ème phénomène : l’alternance de phases de ralentissement et d’accélération.
En 1926, le russe Kondratieff publie sa Théorie des cycles, dans laquelle il analyse 25 séries statistiques de divers pays développés, et parvient à la conclusion qu’il y a des phases d’une cinquantaine d’années se déroulant en deux temps : l’accélération et le ralentissement.

Phase | Accélération | Ralentissement
1 | 1785-1815 | 1815-1845
2 | 1845-1870 | 1870-1895
3 | 1895-1930 | 1930-1950

A partir de 1845, on constate que, pour l’économie française, cela correspond jusqu’en 1870 à une phase de croissance assez forte, qui correspond selon certain au démarrage de l’économie française :
- grands progrès agricoles
- accroissement de l’équipement industriel (aciéries, machines à vapeurs, houille, chemins de fer …)
- apparition d’un marché nationale
- ouverture sur certains marchés extérieurs (ex : accord de libre échange avec l’Angleterre en 1860)

Cette phase d’accélération est suivie par une phase de ralentissement (1870-1895) :
- stagnation de la production agricole, destruction des vignobles par le phylloxera
- prix des produits et revenus en baisse

Ce ralentissement est dû à l’apparition de la concurrence avec les « pays neufs » (Canada, Australie, Argentine, …) d’où l’origine d’un certain protectionnisme de la part des pays européens. Mais également dû à un ralentissement démographique qui est lui-même dû a un certain malthusianisme qui perdurera jusqu’en 1945.

Schumpeter montre que ces périodes de fortes croissances sont liées aux innovations technologiques :
Exemple :
- en 1845 : c’est l’innovation du chemin de fer qui entraîne tout le reste
- en 1895 : les innovations liées à l’énergie électrique et à l’automobile.

Cette troisième vague (1895-1930) est néanmoins interrompue par la guerre de 14-18. Entre 1895 et 1913 on constate de nouveau une hausse des prix et des revenus d’environ 1.3% qui s’accompagnent de progrès agricoles (on constate une bonne dose de modernisation malgré le protectionnisme). Cela n’empêche pas non plus les exportations. Cette période constitue une vague d’innovation sans précédent.

La guerre est en effet une parenthèse ayant des effets moindres. Il y a certes des pertes humaines, matérielles et financières, ainsi qu’un sous-investissement, mais dans les années 1920, la croissance repart de façon très marquée, notamment du fait des innovations en industrie chimique et l’introduction d’un nouveau procédé de travail : la Taylorisation, créant un nouveau dynamisme industriel, et qui permet d’abaisser le temps de travail et d’augmenter la productivité.

A partir des années 1930, on constate une plongée dépressive venant des Etats-Unis avec un effondrement des prix et un recul de la production. Malgré une dépression considérable, la France, moins modernisée et moins financières et moins touchée que les autres pays développés. Cependant, à cause d’un sous-investissement avéré, l’industrie prend du retard.
La reprise est très difficile au sortir de la guerre avec un rationnement jusqu’en 1948 et qui justifie l’aide américaine du plan Marshall.

A partir des années 1950, on constate une nouvelle phase d’expansion.

Chapitre 6 : Résumé : La démographie française

Posté le 30.11.2007 par courslille3
Chapitre 6 : Résumé : La démographie française 1830-1939

Le mvt démographique français est-il original ?

1-Un ralentissement précoce de l’accroissement naturel.
la France dans l’Europe
1789 : -17%, 26 millions d’hab.
1911 : ≈ 9%, 40 millions d’hab.
1936 : 42 millions d’hab. Très peu peuplé par rapport à l’Europe.

Variation population
1881-1841 : +13%
1861-1881 : +5%
1881-1901 : +3,5%
1921-1936 : +6,8% → apport immigration.
Diminution au long des années, ralentissement précoce.

Mouvement naturel
Période Naissance Décès Mvt naturel
1851-1855 26,0%o 24%o +2
1881-1885 24,7%o 22,2%o +2,5
1991-1913 18,8%o 18,3%o +0,5
1936-1938 14,8%o 15,2% -0,4

2-Natalité et mortalité
• Natalité.
Baisse du taux de natalité, mais peut représentatif.
1931 : 150 enfants pour 1000 femmes.
1938 : 115 enfants pour 1000 femmes.

Deux paliers : 1881-1885 et 1905

1880’s : baise précoce par rapport aux autres pays. Comportement conscient.
Cause : malthusianisme, souci de ne pas diviser le patrimoine. Augmentation du niveau de vie (1850’s), volonté d’éduquer (lycée non gratuit). Mais variété des comportements, moins au Nord et Ouest à cause de la religion.
Début 1920’s : intérêt des politiques, lien avec politique international
Exemple :Allemagne = ennemi car forte population
Après 14-18 : adoption de lois sur la natalité.
1920 : Interdiction de propagande anti-natalité, de vente de contraceptif.
Jusqu’à 1967 : autorisation des contraceptifs chimiques.
+ politique familiale.
1932 : loi qui généralise l’allocation familiale.
1945 : ordonnance sécurité sociale.
1939 : Code de la famille. Régime fiscal particulier mais sans effet immédiat.
• Mortalité
Palier de diminution.
1840’s : - de 25%o
1900’s : - de 20%o
1930’s : ≈ 16%o
1938 : ≈ 15%o.

2 phases :
Avant 1890-1900 : + de 20%o . Epidémie, choléra, qui touche notamment les ouvriers
1932 : le Président du conseil meurt du choléra.
1890’s-1900 : tournant, découverte de Pasteur (« révolution pastorienne ») et meilleur encadrement médical et meilleur loi sociale
1893 : assistance médicale pour les plus démunis.

3-les mouvements de la population.
• Mouvement externe
19°s : Emigration.
1861 : 300 000 Fr hors de France.
Présence d’émigration mais il n’y a pas de mouvement de masse car il n’y a pas de « surplus » de français, l’émigration n’est donc pas nécessaire. Cependant il y a un rôle important de l’immigration.

Etrangers dans la pop totale.
1851 500 000 1,4%
1911 1 100 000 2,9%
1931 2 700 000 6,6%
1936 2 200 000 5,3%

Tenir compte des naturalisations d’une année à l’autre pour bien comprendre l’ampleur du phénomène.
1883 et 1927 : lois sur la naturalisation. Permise surtout par la naissance. Immigration notamment économique, mais pas seulement (naturalisation pour augmenter l’effectif de l’armée)
Avant 1914 : Italiens (1/3), les Belges (1/4), Espagnols, Allemands, Suisses.
Après 14-18 : Polonais.
Année 1930’s : immigration politique, notamment Espagnole.

• Mouvement interne
Exode rural lent, manouvrier, artisans, enfants.
Citadin : personnes vivant dans un endroit où il y a au moins 2 000 personnes agglomérées.
% de ruraux dans la pop totale.
1846 : 75%
1886 : 64%
1911 : 56%
1931 : 49%
1936 : 48%

1930’s : stagnation
1945 : reprise.
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