L1 S2 UE 4 Geographie Les Deserts
Posté le 07.04.2008 par courslille3
Chapitre 2 : Temporalités des sociétés humaines en région aride
L’homme vit depuis très longtemps dans les déserts pourtant plein de contraintes, qui ne sont des contraintes que par le fait que des hommes y vivent, mais il est a noté également la présence de ressources naturelles.
Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d’Arabie (1888-1935), passionné par la péninsule arabique est l’auteur des Sept piliers de la Sagesse (1926) où il décrit le désert comme une terre brûlée et hostile.
On trouve dans les régions arides, mais surtout semi-arides, des densités de populations assez conséquentes qui sont parfois la cause d’un surpeuplement.
Néanmoins les contraintes peuvent être corrigées, preuve des capacités créatrices et d’adaptation au milieu de l’Homme.
Nous nous interrogerons sur toutes les formes d’adaptation des sociétés humaines aux milieux arides, nous nous intéresserons au temps long des Hommes mais également aux temps courts, aux crises d’adaptation de l’Homme vis-à-vis des déserts.
Quels sont les grands types d’occupations traditionnels des déserts ? Qui sont les peuples du désert et comment sont-ils parvenus à s’adapter aux contraintes ?
Comment ces modes de vie évoluent-ils dans le temps, quelles sont les principales ruptures ?
Comment les temporalités humaines interfèrent-elles avec les temporalités naturelles ?
I) Les formes traditionnelles d’adaptation
Les contraintes sont notamment le vent, le manque d’eau est la température, l’Homme est adapté, à l’origine, à un climat où ces contraintes là n’existent pas, ces contraintes ne sont pas naturelles à l’Homme, mais pourtant celui-ci a très tôt habité dans les déserts.
1) L’occupation préhistorique des déserts
A) En différentes étapes
Les déserts qui ont été occupés précocement sont ceux d’Afrique et d’Asie, en raison de leur proximité avec le foyer originel de l’humanité, on trouve ainsi au Sahara des traces d’occupation humaine jusqu’à deux millions d’années.
Celui-ci a été peuplé notamment aux moments des pluviaux, alors qu’il était fuit lors des périodes arides, on observe une adéquation avec les temporalités naturelles.
Les déserts d’Asie, eux, sont peuplés depuis un million d’année.
Les déserts d’Amérique et d’Australie au contraire ont été occupés plus tardivement, et cela ne fait par exemple que depuis 60 milles ans que les aborigènes peuplent l’Australie.
B) Une occupation qui est le fait de nomades chasseurs cueilleurs
L’occupation est le fait de petits groupes humains qui survécurent dans un mode de vie de chasse jusqu’à une période récente. En effet, avant 10 000 BP tous les humains vivaient de la chasse et de la cueillette, mais depuis cette date l’histoire diverge selon les régions, les discontinuités commencent.
L’alimentation est composée de feuilles, de racines, de graines, d’insectes, de chenilles, de mollusques, d’oiseaux, de grenouilles, de lézards, de serpents, de rongeurs, de poissons et de mammifères (comme le Kangourou en Australie).
Des conditions de vie matérielle très difficiles, mais qui permettent tout de même de coloniser les milieux arides et semi-arides.
A quelques exceptions prêt, ce système a presque complètement disparu et ce temps de la Préhistoire a duré plus ou moins longtemps selon les régions, et s’il fut remplacé précocement en Afrique et en Asie, la Préhistoire a durée jusqu’au XVIe-XVIIe siècle en Amérique du Nord et jusqu’au XIXe siècle en Australie.
Cette discontinuité s’appelle la révolution néolithique qui est tout aussi importantes que les révolutions du XIXe siècle, elle se produit au début de l’Holocène par l’invention de l’agriculture et de l’élevage, cette révolution se base également sur d’autres inventions comme la construction d’habitations, entraînant un début de sédentarisation, la poterie en terre cuite, permettant de conserver et d’échanger les aliments et la sélection des espèces animales et végétales.
Cette révolution se développe dans le Croissant fertile, vers 10 000BP et marque le début de la fin des chasseurs cueilleurs.
2) Le nomadisme pastoral
A) Le nomadisme bédouin
Se situe principalement en Arabie et au Sahara, ils ont pour soucis essentiel de nourrir et de faire boire leurs troupeaux (dromadaires, chèvres, bovins). Ce nomadisme se développe au 4e millénaire avant JC, paradoxalement en parallèle avec un début d’aridification croissante du Sahara.
Le bédouin est donc amené à se déplacer sur un énorme territoire à la recherche de pâturages d’acheb. Il s’agit d’une herbe de petite taille formant des prairies en Arabie, avec un cycle très rapide de trois à quatre semaines, elles sont présentes notamment l’été quand il arrive que la moisson parvienne jusqu’aux déserts. Ces achebs suffisent aux bédouins pour satisfaire les besoins de leur troupeau, mais les obligent à transiter sur des espaces très vastes de plus d’une centaine de millions de kilomètres.
Lors des périodes de sécheresse, l’hiver notamment, ils se dirigent vers les périphéries plus humides, comme au Sahel.
Ce mode de vie a aujourd’hui disparu.
B) Le nomadisme des déserts froids d’Asie
Il se développe au premier millénaire avant JC, dans ces déserts froids, la végétation naturelle y est plus développée, les locaux n’utilisent pas de chameaux, mais des chevaux.
Les pasteurs asiatiques sont donc plus mobiles, avec davantage de ressources et donc avec des terrains de parcours moins étendus.
Ils vivent notamment dans des yourtes.
3) L’agriculture traditionnelle, pluviale ou irriguée
L’agriculture pluviale est moins technicienne que l’agriculture irriguée. Les contraintes sont plus grandes pour l’agriculteur que pour le pasteur, car celui-ci est davantage lié à la terre et donc limité aux quelques surfaces pourvues d’eau.
Les contraintes sont dépendantes du niveau d’aridité, il existe ainsi plusieurs systèmes agricoles traditionnels.
l’Agriculture irriguée dans les Oasis
Oasis qui peuvent border un fleuve (le Nil, le Draa), qui existent aux alentours de nappes phréatiques que l’on peut pomper, ou encore dans les massifs (comme l’Atlas).
Elles sont contrôlées par l’intermédiaire de puits et de barrage, l’irrigation consistant à réguler l’eau dans l’espace (canaux) et dans le temps (création de réserves d’eau). Les oasis sont des créations humaines depuis 6 à 7 milles ans.
Ces oasis ressemblent aux huertas sur le plan de l’agriculture, elles ont un réseau de canaux qui nécessitent énormément de travail (pour leur création, et leur entretien) pour seulement quelques petites parcelles. Traditionnellement, et c’est toujours le cas, c’est un travail dur qui s’effectue toute l’année, sans interruption.
Les oasis sont différents les uns des autres, au Sahara elles sont petites car liées à l’existence de puits, elles sont néanmoins très luxuriante et leur végétation est caractérisée par les palmiers dattiers et les arbres fruitiers.
Les oasis de fleuve dominent l’est, comme en Egypte, en Mésopotamie et au Pakistan, elles sont plus vastes et s’étendent le long des fleuves allogènes.
On en trouve aussi en Asie Centrale, leur végétation est caractérisée par une faune plus tempérée, comme les peupliers et les saules.
Enfin, il y en a également au Sud ouest des Etats-Unis, chez les Anasazi et chez les indiens pueblo, grâce aux cours d’eau et depuis environ 1000 ans, créant ainsi une grande civilisation hiérarchisée et centrée autour de l’agriculture.
L’oasis a néanmoins beaucoup changé désormais.
l’Agriculture pluviale dans les régions semi-arides
Elle n’est possible en effet que dans les régions semi-arides car elle dépend uniquement de la courte saison humide de quelques mois qui existent grâce aux moussons. L’agriculture pluviale consiste à égratigner les sols, à l’aide d’outils, comme l’araire, la mise en valeur agricole est donc difficile. Nulle part l’agriculture est continue, comme c’est le cas en Europe et les espaces cultivés sont disparates, ne concernant que les meilleurs sols.
Il s’agit principalement d’une agriculture extensive, de subsistance, susceptible de nourrir qu’une faible population humaine.
La limite géographique de l’isohyète pluviale est d’environ 300 mm/an d’eau, au dessus l’agriculture des céréales reste en effet rentable, en dessous au contraire cette agriculture est fort aléatoire.
Au Sahara cela fait environ 10 000 ans que le mil (céréale) a été domestiquée sur les bords du Sénégal avant de se répandre, il est accompagné secondairement par le blé et l’orge.
On trouve très peu cette agriculture en Amérique, et nulle part en Australie, cela concerne surtout l’Afrique et l’Asie où les modes de vies se sont fortement diversifiés de part leur ancienneté.
4) Le commerce caravanier
Dans certaines régions arides, il existe de longues traditions de routes commerciales, dès le Vème siècle avant Jésus-Christ au Sahara. Et jusqu’au XIXème siècle le commerce Saharien était très actif, notamment sur trois pistes, l’une à l’ouest (Sanégal, Maurétanie, Maroc), une autre au centre (Sénégal, Tombouctou, Maghreb) et la dernière à l’est (Vallée du Nil, vers l’Egypte et la Cyrénaïque).
Quels étaient les produits échangés ? Il s’agissait principalement de produit de luxe, le sel, les épices, l’ivoires, de l’or et des esclaves contre les produits méditerranéens et européens.
La région de Taoudenni, au nord du Mali (23°N ; 5 mm/an d’eau : hyperaride), est réputée pour ses mines de sels exploitées dès le XVIème siècle. Au début du XXème siècle des journalistes qualifièrent les lieux d’horreur ou d’« enfer du sel ».
Pendant l’optimum climatique de l’Holocène, la région abritait des lacs, mais depuis, on a assisté à une aridification du climat, les lacs se sont asséchés et se sont des Chotts qui ont pris leur place.
Les mines d’Agorgott sont toujours d’activité, on y prélève des dalles de sel de 30kg qui sont chargées sur des chameaux. Les caravanes de sels parcouraient les 700km qui séparaient les mines de Tombouctou, sur cette piste il n’y a seulement que deux oasis, pour quinze jours de voyages. La vie est donc très rude, mais ces caravaniers sont riches, ils sont les Seigneurs des Oasis, ce sont ces grands caravaniers qui ont créé les oasis.
Les caravanes ne peuvent exister que grâce à l’aide de la domestication des chameaux, elles ne sont donc possibles qu’en Afrique du Nord et en Asie (route de la soie par exemple).
II) La relation de l’Homme à l’aridité et son interprétation
1) Un discours savant : le déterminisme en géographie
C’est un concept philosophique qui prétend qu’il existe des rapports simples et linéaires de cause à effet dans les phénomènes, une causalité exclusive et non réciproque.
On donnera ainsi à certains facteurs géographiques un poids consistant pour qu’en découlent les autres facteurs. En France, la Géographie Classique a longtemps été caractérisé par un déterminisme naturel. Cette géographie se place dans une perspective naturaliste, ainsi la nature des roches pourrait expliquer l’allure des campagnes.
Hérodote : « un pays mou fait toujours des hommes mous »
Montaigne : « la forme de notre être dépend de l’air, du climat et du terroir où nous naissons, non seulement le teint, la taille, mais encore les facultés de l’âme. »
Un tel déterminisme aussi naïf est répudié par les géographes, mais il continue d’imprégner plus ou moins dans la culture de masse.
2) Une réflexion entre la Révolution néolithique et Holocène
Il existe une corrélation évidente entre le début de l’Holocène et la Révolution néolithique (il y a environ 10 000 ans), pour autant ce lien est a relativisé car cette agriculture n’a été inventé qu’en certains lieux, et si l’agriculture peut être liée à une hausse du nombre des précipitations, elle peut l’être également par une augmentation du nombre des hommes, forçant ces derniers d’inventer quelque chose afin de subvenir à leurs besoins.
3) L’aridité, stimulant ou inhibant ? Les grandes sociétés hydrauliques
Ce qu’on appelle société hydraulique est une société organisée où les fonctions administratives, religieuses, etc … sont diversifiées et hiérarchisées et utilisant les techniques de l’irrigation reposant sur des aménagements
Très anciennes, les premières traditions hydrauliques sont apparues dans des contextes géographiques divers, où l’eau est extrêmement présente sous forme de précipitation (Gange, Amérique Centrale, etc …), mais en réalité on s’aperçoit que les plus grandes civilisations hydrauliques se sont épanouies dans les régions désertiques, le système hydraulique du Nil, le système hydraulique de la Mésopotamie, de l’Indus ou encore de la Mer d’Aral.
Pourquoi l’aridité n’a pas été un frein au développement de l’agriculture mais un stimulant ?
A) La Mésopotamie
Il s’agit de la plus anciennes de ces civilisations hydrauliques. On parle de croissant fertile du bassin persan aux deux cours d’eau, le Tigres (qui prend sa source dans les Monts Taurus et Zagros) et l’Euphrate (qui prend sa source aux Monts Taurus), caractérisé par l’aridité, par opposé aux montagnes où il y a davantage de précipitations. Dans le cœur de la Mésopotamie il pleut 100mm d’eau par an. Sans les grands fleuves cette civilisation n’aurait pas existé.
L’agriculture est née dans la moyenne vallée de l’Euphrate aux alentours de l’an 8 000 avant JC. Il faut attendre cependant deux mille ans pour passer d’une agriculture pluviale à une agriculture irriguée, et ce n’est qu’en 6 000 avant JC qu’une hiérarchie plus complexe se met en place. Des digues, des prises d’eau artificielles ou encore des ouvrages de régulation de l’eau sont construits, permettant la diversification de la culture (blé, pois, …).
Peu à peu, le développement et l’extension de l’espace permettent de mettre en culture par l’irrigation des régions impropres à l’agriculture pluviale.
Cette présence humaine est le fait d'inventions humaines.
B) Le système hydraulique du Nil
Il s'agit du plus long fleuve d'Afrique, sa vallée forme un ruban vert large d'une centaine de mètre au milieu du désert. La richesse et l'abondance en ressources expliquent que l'irrigation est arrivée tardivement, c'est en effet au IVème millénaire avant notre ère que des cultures adaptées (mil, blé, orge) s'installe. A partir de -3000 des canaux sont établis; une partie de la vallée est réellement organisée d'amont en aval. Si la société pharaonique arrive à prendre en main cette technologie c'est qu'il s'agit d'un état fort, avec une administration complexe et pouvant former des ingénieurs.
L'aridité n'est pas seulement une contrainte, c'est aussi un défi pour l'Homme, la contrainte doit être dépassée.
C) L'irrigation contemporaine de l'Ouest américain, technologie moderne et démesure L'aridité en Amérique du Nord se localise de la Californie au Texas, ils furent occupés tardivement par les Hommes, il y a seulement 12 mille ans par des amérindiens qui ont développé des modes de vie divers. Il existe des chasseurs cueilleurs (Navajo), mais aussi des agriculteurs (Hopi, Pueblo). C'est derniers sont organisés en village depuis le Ier millénaire avant notre ère, ils ont développé une forme d'irrigation qui n'atteint pas néanmoins le niveau de l'Egypte.
Le regard des premiers explorateurs sur ces terres est très négatif, et elles demeurent peu connues jusqu'au milieu du XIXème siècle par les habitants de l'est des Etats-Unis. Pour eux, l'ouest est pauvre, c'est l'anti-civilisation, ils imaginent des déserts de sable et cette région est nommée le Grand Désert. A partir du milieu du XIXème siècle cependant, les choses vont changer avec une colonisation rapide en raison d'une modification de l'imaginaire de l'ouest, on y découvre en effet de l'or, cela attire rapidement un flux de chercheurs d'or et entraîne de ce fait le développement de l'agriculture locale. Le chemin de fer se développera également, permettant ainsi à l'élevage extensif de se mettre en place.
L'or, le chemin de fer et l'élevage extensif désenclavent cette immensité désertique, en deux décennies le peuplement se transforme, se développe, autour de villes principalement comme Los Angeles ou Phoenix, cette dernière est une véritable ville champignon qui est créée ex-nihilo en raison de la présence du chemin de fer.
Cette forte croissance ne s'est depuis pas démenti, encore de nos jours il s'agit d'états dynamiques en raison de la Sun Belt.
Les aménagements sont gigantesques, de grands barrages sont créés, de longs canaux d'une centaine de km sont creusés. La ville de Los Angeles ainsi, au bord du désert Mohave, a imposé aux régions alentours par sa croissance un contrat qui lui arroge l'exclusivité de toutes les sources d'eau. Ainsi les cours d'eau qui se dirigeait vers le lac Owens ont été détournés vers Los Angeles par un canal de 400 km de long. Le lac fut ainsi asséché en une dizaine d'années.
La Grande Vallée de Californie fut elle aussi aménagée autour de San Francisco, par un pompage des eaux profondes et le forage des nappes aquifères, cela grâce aux plans gouvernementaux, par la prise en charge de l'administration. Sans la présence d'état, l'irrigation n'est pas possible.
L'Imperial Valley est irriguée par le fleuve Colorado qui a été détourné. Des Oasis furent créées en Californie, au Nevada, en Arizona, il est désormais possible grâve aux pompages d'arroser toute l'année. Des techniques modernes, comme l'aspersion, sont également utilisée afin d'économiser de l'eau car tout cela ne va pas sans poser des problèmes environnementaux.
La culture est spéculative, qu'il s'agisse de fruits, de vigne ou de légumes, elle est très spécialisée, mécanisée et sous dépendance des sociétés agro-alimentaires. L'agriculteur ne ressemble pas à un paysan, mais à un homme d'affaire qui s'endette pour investir.
"L'eau rare limite l'occupation par l'Homme, à moins que stimulant son ingéniosité, elle n'engendre à la limite ces sociétés hydrauliques" A.Cauvin. Le rôle des sociétés humaines est prédominant, les contraintes humaines sont relatives et n'empêchent pas l'adaptation de l'Homme, grâce au poids politique.
III) Les Ruptures contemporaines dans l'occupation et la mise en valeur des Déserts
La grande majorité des régions désertiques n’a pas connu de changements majeurs avant la moitié du XIXème siècle, même si à partir de l’Holocène, les déserts furent occupés par l’Homme.
Aujourd’hui, il n’y a que très peu de groupes humains dont les techniques traditionnelles n’ont pas été bouleversés, d’une part en raison de la révolution agricole et industrielle, d’autre part en raison de la colonisation et de la transition démographique.
Il apparaît que la période contemporaine est une période de rupture, voir de crise. C’est une rupture car il s’agit d’un développement brutal et rapide, par opposition aux « temps longs » (Braudel) pendant lesquels le développement était plus lent. Ces changements brutaux induisent des crises sociales, mais également environnementales.
1) Le désert marginalisé : la disparition du nomadisme
Il s’agit de la forme d’occupation la plus menacée, car elle fut frappée de plein fouet par les partages politiques imposés par la colonisation, autrefois le Sahara constituait une unité avec des échanges avec le Sahel et la Méditerranée, mais depuis qu’il s’est vu découpé, les parcours traditionnels n’existent plus.
Les nomades ont désormais le choix entre la soumission, et la sédentarisation, ou au contraire le combat, et l’exil.
Le nomadisme pastoral est très menacé, de nombreux états ont en effet adopté des politiques de sédentarisation, comme c’est le cas en Arabie à partir de 1918 ou encore après la révolution soviétique en URSS où, vers les années 50, les kazakhs ont été sédentarisé de force au profit de l’élevage et des usines.
On considère alors que le nomadisme est incompatible avec la modernité, que les terres qui servent aux pâturages sont gaspillées et qu’elles pourraient être utilisée au profit de l’agriculture, grâce à l’irrigation, notamment du fait que les pays d’Afrique et d’Asie connaissent une forte croissance démographique.
Le commerce caravanier quant à lui semble inadapté et inadaptable, car il est trop lent, la plupart des pistes ont donc cessé d’exister. Si la Sahara avait pu se repeupler avec le nomadisme, celui-ci est désormais en reflue, il se « vide » de ses nomades.
2) Une agriculture pluviale sous pression démographique
Les systèmes traditionnels agricoles, au rendement aléatoire et faible, et à l’intensivité limité, ont été fortement perturbés
La première solution est la réorganisation de l’agriculture, on choisit des plantes au cycle plus court, dans le Nordeste brésilien, d’une agriculture traditionnelle extensive de maïs et d’abricots, on est passé au développement de plantes africaines, comme le Sorgho et le Mil, plus résistant à l’aridité.
La deuxième solution est le développement de l’irrigation, de grands fleuves africains sont ainsi transformés par l’irrigation, comme le Sénégal (Rosso) et le Niger (Mopti au Mali)
On y a ajouté de nouvelles plantes, notamment le riz qui est extrêmement nourrissante, grâce a ces aménagements. Au Sénégal on a construit des barrages qui ont facilité une colonisation et une urbanisation récente, ce qui est néanmoins une source de conflit entre anciens et nouveaux occupants.
La troisième solution n’est autre que la migration des campagnes semi-arides vers les villes, on observe en effet un phénomène d’exode rural avec une urbanisation rapide qui pèse sur les environs immédiats et semi-arides de la ville, ce qui contribue à dégrader la couverture végétale.
3) l’Agriculture irriguée s’étend
On voit l’irrigation gagner des surfaces de plus en plus importantes, ce qui s’explique par l’utilisation des nappes aquifères, très importantes au Sahara, grâce à des techniques de plus en plus scientifique.
Au cours du XXème siècle en Egypte, on a construit des barrages et il est désormais possible de produire des cultures toute l’année. Ces aménagements sont également source de ressource électrique.
Au Pendjab, on constate cette même progression par la modernisation qu’effectuèrent les anglais sur les aménagements d’irrigation autochtones, permettant ainsi un développement plus vaste.
Les états du Golfe, grâce à l’argent du pétrole, on vu fleurir, en plein milieux du désert, des cercles verts, grâce aux bras d’aspersion. Ce qui a cependant des conséquences redoutables sur l’écologie.
En effet la Mer d’Aral est l’exemple même des victimes de l’irrigation, du fait des canaux d’irrigation sur les fleuves Syr-Daria et Amou-daria.
4) L’urbanisation dans le Désert
Il n’y avait au Sahara, dans les années 50, qu’une seule ville de plus de 50 mille habitants : Biskra, il y en a désormais une dizaine, comme Tamanrasset en plein Sahara algérien.
Le Sahara a gagné prêt de 5 millions d’habitants en réalité, à cause de la transition démographiques, cela à pour cause l’exploitation des matières premières, les flux migratoires et le développement du transport et des infrastructures.
En conclusion…
Le temps historique des géographes n’est pas le même que celui des historiens, ceux-ci découpent en périodes séparées par des césures chronologies propres à certaines civilisations le temps historique. Cette périodisation ne convient pas en géographie et le temps social du géographe est subdivisé en temps longs qui permettent une mise en perspective des bouleversements récents qui entraînent des déséquilibres qui vont en s’accroissant, la crise actuelle est en effet d’envergure sans précédent.
Ce chapitre relativise également la notion de contrainte naturelle qui peut être surpassée par l’originalité et l’ingéniosité du rapport entre l’Homme et son milieu.
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Posté le 27.02.2008 par courslille3
Chapitre 1 : Déserts et temporalité naturelle
Elysée Reclus déclarait sur l’Homme et l’Espace, paru en 1905, que « le temps modifie incessamment l’espace ».
Auparavant, la géographie classique de la fin du XIXème siècle, dont Paul Vidal de la Blanche est le père, n’a que très peu intégré la dimension temporelle de la géographie et se contentait de décrire cette dernière.
Mais le monde depuis une cinquantaine d’année a évolué et le géographe a du s’adapter aux réalités. (Charles Paul Pegny : Espace, Temps, Complexité).
Quelle définition devons nous donner au temps en Géographie ?
Es-ce le temps universel, le temps chronologique neutre et égal, où une année équivaut à une année, mais dans lequel l’on s’arrête quelques milliers d’années avant Jésus Christ ?
Es-ce le temps extérieur à la société actuel, neutre également mais non vécu par les Hommes ?
Es-ce le temps social, vécu par les Hommes mais qui n’est pas linéaire ?
La diversité des cultures entraînent des perceptions différentes du temps. Pour les phénomènes ce n’est pas la notion de temps universel, ou de temps social, mais de temporalité qu’il faut utiliser. En effet la temporalité est une échelle de temps qui n’est pas linéaire ni subjective, elle induit une notion de complexité supplémentaire. Il y a en effet des choses qui agissent sur des périodes longues alors que d’autres agissent sur des périodes courtes. Elle prend ainsi en compte l’éclatement du temps universel et les paysages naturels sont les résultantes de phénomènes ayant eut lieux dans différentes temporalités.
I) Les mécanismes de l’aridité
A l’échelle du système solaire, la Terre est la seule planète où l’eau est présente en une telle quantité, mais si certaines régions sont très arrosées, d’autres sont sèches.
La répartition des déserts chauds s’effectue à trois niveaux :
- au niveau des tropiques (Australie, Sahara, Mexique, …)
- au niveau d’une littorale (Atacama, Kalahari, …)
- au niveau d’une position continentale (Takla-Makan, …)
1. Les causes de l’aridité
Il pleut lorsqu’il est possible pour l’air de suivre des mouvements d’ascendance afin qu’il se refroidisse et se condense. Par conséquent, les régions arides sont systématiquement des régions où les mouvements ascendants sont inhibés.
Au niveau des tropiques, l’air n’est à aucun moment ascendant et ne peut pas l’être car il s’agit de zones où se trouvent des anticyclones qui empêchent tout mouvement d’ascendance, au contraire même, au cœur même des anticyclones l’air y est subsident, il se réchauffe et s’assèche donc. La première cause de l’aridité est donc climatique, ces déserts tropicaux sont les plus étendus.
Ce phénomène de subsidence peut aussi résulter de la présence de hauts reliefs. Les monts font obstacles aux vents humides (venus du sud, de l’Océan Indien dans le cas de l’Asie), ceux-ci s’élèvent donc et déversent leur humidité sur les pentes des montagnes. Au sommet les vents s’avèrent donc moins humides et ils se réchauffent encore en descendant les massifs. Lorsqu’un désert se trouve entre deux massifs, comme le Takla-Makan entre l’Himalaya et le Tian shan, on parle d’un désert d’abris. Derrière les Andes se trouvent également des déserts similaires, ou encore derrière la Sierra Nevada où se trouve la Vallée de la Mort.
A cette position d’abris s’ajoute également le phénomène de continentalité, principalement en Asie, où les vents en provenance des mers doivent parcourir de nombreux kilomètres de terres.
L’aridité peut être également liée à l’existence de certains courants marins, on qualifie ce phénomène d’upwelling, ce qui correspond le long de certaines côtes à la remontée d’eaux froides venues des profondeurs, qui sont à l’origine de la formation de masses d’airs froides, il y a donc peu de vapeur d’eau et c’est donc un air sec, qui s’assèche encore davantage lorsqu’il arrive sur les côtes.
2. Les caractéristiques climatiques des déserts.
Les précipitations sont grosso modo inférieures à 500 mm/an et sont insuffisantes, elles sont variables et imprévisibles, se produisant la plupart du temps sous la forme d’orage rapides, d’une grande violence et en des lieux extrêmement localisés.
Il existe donc une grande variabilité d’une année à l’autre, on parle de variabilité interannuelle et c’est pourquoi lors des études les moyennes se font sur trente ans. Par exemple à Tamanrasset, il peut pleuvoir 20 mm une année et 120 la suivante.
Les températures sont chaudes au moins une partie de l’année. La Death Valley par exemple peut avoir des températures allant jusqu’à 56°C. Ces régions arides détiennent également les records des moyennes mensuelles les plus chaudes. Au Tchad par exemple, de Mars à Septembre, la température moyenne est supérieure à 30°C.
Dans les déserts afghans, l’amplitude thermique entre le mois le plus froid et le mois le plus chaud est de 30°C.
En théorie les déserts peuvent potentiellement évaporer 6m d’eau, au centre du Sahara par exemple, mais en bordure, dans les régions semi-arides, cette potentialité ne s’élève « qu’à » 3m.
C’est ainsi que seuls les fleuves au débit très puissants, dont les sources sont en dehors des déserts, peuvent traverser ceux-ci, on parle de fleuves allogènes (Colorado, Nil, Indus, …). La présence de ces fleuves est une grande chance qui contribue à créer des situations particulières.
L’air est très sec, et cela se ressent, notamment par l’assèchement des lèvres et des narines.
Le vent est très agressif, il ne rencontre pas d’obstacles, pas de végétation sinon basses. Il prend la forme de tourbillon, d’afghaniets en Asie Centrale, ou encore de Khamsin au Sahara.
Ces vents aggravent la sécheresse, c’est un agent important de l’évaporation mais aussi de l’érosion.
L’eau est très rare, le réseau hydrographique d’origine désertique est en effet quasi-nul. Ce qui implique des conditions hostiles à la vie. Les formations végétales sont donc très ouvertes et clairsemées.
3. Quelques exemples
La Death Valley est un désert hyperaride où il pleut environ 50 mm d’eau par an; la couverture végétale y est inexistante et il y existe des croûtes de sels que l’on nomme Playa en Amérique et Chott au Sahara.
Le Plateau du Colorado, ici plus précisément le canyon Chely, avec ses parois abruptes. La couverture végétale y est plus présente avec une steppe à armoise sur les sommets du plateau ; dans le fond de la vallée se trouve un cours d’eau, autour duquel la végétation est plus dense avec des bosquets d’arbres, on parle de ripisylve.
En Arizona on retrouve le paysage archétype de l’Ouest américain, dans le désert du Sonora, avec ses cactus, dont le corps spongieux pouvant aspirer une grande quantité d’eau leur permette de survivre en milieux désertique.
Le désert du Mojave où se trouve des arbres de Josué, avec une couverture proche de la savane en raison de sa semi aridité. Nous trouvons au fond des amas de granites résultants de l’érosion.
Tous ces déserts subissent un hiver froid, un été chaud, mais au printemps les cactus fleurissent.
L’Atacama est hyperaride, son paysage est exclusivement minéral. Il en est de même pour le Namib, désert côtier lié à des remontées d’eaux froides, en contact direct avec l’océan, comme au Sahara occidentale au sud du Maroc.
Au Kazakhstan, des lacs s’assèchent et une croûte de sel se forme, les causes sont à la fois naturelles mais aussi humaines, comme l’est l’assèchement de la Mer d’Aral.
De l’aridité peut résulter des débris rocheux au bas des montagnes.
Le désert de Bungle Bungle en Australie rouge, en Australie centrale, possède des buissons. Sa forme vient de l’érosion causée par le vent. Dans la plaine du Nullarbor, il y a présence d’eucalyptus.
Le Sahara d’ouest en est, l’ouest saharien est composé de grandes régions dunaires, les ergs (Maurétanie, sud du Maroc). La région de Taoudenni est une plaine de sable à la topographie plane, le long d’une faille causée par le magma se trouve une sorte de ligne de roches.
Au Tanezrouft se trouve encore du sable, mais c’est un plateau avec des corniches, des dénivellations, le relief y est ruiniforme (de ruine, très érodé). Les massifs du Tassili et du Hoggar possèdent des reliefs importants avec des monolithes résultant d’une activité volcanique, dont il ne reste que la cheminée après érosion. Le Fezzan libyen est caractérisé par un relief de plateau où le sable est moins présent.
II) Le paysage désertique : un paysage figé ou un paysage actif ?
Le paysage est une portion de l’espace visible par l’homme, s’y trouve des éléments de compositions diverses, qui peuvent être d’origine humaine (champs) comme naturelle (reliefs), les paysages peuvent être anthropisés ou non.
Humbalt était un grand géographe. L’analyse des paysages est propre au géographe, afin de trouver des indices sur la nature, la structure et l’évolution du paysage.
Les paysages désertiques résultes de phénomènes climatiques à des échelles de temps très différentes.
Dans ces paysages, les hommes se sont concentrés prêt des fleuves, dans les villes ; ces paysages sont donc naturels.
Le relief est l’ensemble des irrégularités de la croute terrestre, les vallées, les creux, les versants, les pics, etc …
Comment évoluent les reliefs dans les déserts ? A quel rythme ?
1. Les processus d’érosion en région aride.
L’érosion sur Terre est le processus qui contribue à dégrader les formes du relief de la planète. La morphogenèse dans les déserts est quasiment exclusivement liée aux conditions atmosphériques. Le processus d’érosion dépend en partie du climat. L’érosion en région tempérée n’est pas la même qu’en région désertique.
L’eau à un rôle important sur l’érosion dans les milieux arides :
- la Gélifraction : le fractionnement des roches sous l’action de l’alternance entre le gel et le dégel, toutes les roches possèdent un minimum d’eau. Ce qui crée des débris rocheux Il gèle les nuits parfois à -15°C quand il fait 10°C le jour dans certains déserts d’Asie Centrale.
- L’action des eaux courantes : les écoulements sont très sporadiques, mais lorsqu’ils ont lieux ils sont brutaux, violents, localisés et temporaires (un filet d’eau peu devenir en quelques secondes un torrent). Une crue dans un désert peu changer le paysage rapidement et il est possible de se noyer dans un désert, notamment dans les canyons.
Le travail du vent, l’érosion éolienne est également possible et très active, du fait du manque de végétation. Le vent balaye le sol, ramasse les débris, le vent est toujours chargé en particules (contrairement au vent du littoral qui est pur) et va se jeter sur les reliefs, on appelle ça la corrasion. Si l’action du vent est plus modeste, elle est par contre plus continue.
2. Les rythmes de l’évolution du relief
A quel rythme la combinaison de ces deux agents provoque l’évolution du relief ? A un rythme différent selon chacun et selon trois facteurs :
- la nature des roches en places (des roches très sensibles se dégraderont plus facilement).
- le relief joue sur la rapidité de l’érosion, plus le relief est élevé, plus les produits de l’érosion vont tomber car la rigueur des pentes sont plus fortes ; au contraire dans les plaines d’Australie et du Sahara les agents trouvent moins d’angles à attaquer.
- le contexte géologique régional (les régions où la tectonique des plaques est plus active comme en Californie), alimente et accentue l’érosion. Au contraire les boucliers, les régions stables d’un point de vue géologique, ne favorisent pas les mécanismes de l’érosion.
L’érosion est très lente, très sporadique, mais très visible, faute d’une couverture végétale.
3. Les différentes formes du relief
Plus que nulle part ailleurs, on voit des formes, des versants géométriques quasi parfaits, des segments très visible.
- Les versants à pente raide
On voit des pentes raides, des ruptures de pentes et des étendues planes, des éboulis, des versants à pente fortes et des glacis à pente douce au pied des montagnes.
- Les plateaux
Ce sont des formes bien représentées au Sahara (hamada) dans lesquels s’inscrivent des vallées, des corniches, des oueds.
- Les plaines
Constituent 80% de la surface aride, lorsqu’un orage se produit l’eau s’étale en pellicule, se qui rend l’érosion plus lente. On y trouve de nombreux lacs salés (Chatt au Sahara, Playa en Patagonie et Takyr en Asie Centrale).
- Les formes du relief dues à l’action du vent :
* les Dunes (1/4 du paysage désertique) :
Différents types de dunes : les Nebkha qui vient déposer du sable derrière un obstacle, elles sont assez petites ; les Barkhanes qui sont les dunes caractéristiques en forme de croissant, liées le plus souvent entre elles, mouvantes ; et les plus hautes, les Ghourd, en forme de pyramide, sont le plus souvent isolées.
* Le Reg :
Région de caillasses où le vent a emporté les particules les plus fines. C’est le paysage le plus courant, l’essentiel du paysage du Tanezrouft est composé de ce type de paysage.
Les rythmes sont beaucoup plus lents que sur les littoraux, mais sont très brutaux, avec une alternance de brutalité et de crise. On trouve dans les déserts des preuves que jadis il y avait des cours d’eau, des lacs, des deltas
III) Héritage climatique, héritage paysager dans les régions désertiques
1. Petite histoire de l’aridité sur Terre
L’aridité sur Terre existe depuis des centaines de millions d’années, depuis le début de l’ère secondaire (245 millions d’années). Les géologues ont pu reconstituer des cartes de la pluviométrie du monde dans les différentes époques.
On retrouve dans certaines zones des fossiles de plantes ressemblant aux cactus, cela s’explique par la dislocation de la Pangée sous l’action de la dérive des continents en deux blocs, la Laurasie au nord et le Gondwana au sud. Les courants atmosphériques et marins actuels commencent alors à ce mettre en place. La Température Moyenne Annuelle du globe est alors de dix degrés supérieur à la notre : 20°C. On voit alors des déserts se dessiner sur les littoraux. La géographie des déserts varie selon la tectonique des plaques.
C’est à l’ère tertiaire que se crée des chaînes de montagnes (Alpes, Himalaya, Andes, etc …) qui modifieront les climats et créerons les déserts d’abris.
L’Australie centrale est probablement la région du monde qui connaît l’aridité depuis le plus longtemps, le Mont Uluru/Ayers Rocks est un inselberg (mont isolé) qui reste difficile a expliquer, ces inselbergs résulteraient des phénomènes d’érosions en milieu aride sur des millions d’années.
2. Les héritages du quaternaire
L’histoire de la Terre est divisée en grandes ères, précambrienne, primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire (il y a deux millions d’années jusqu’à nos jours pour cette dernière). L’ère quaternaire est caractérisée par des variations climatiques brutales avec l’alternance de cycles froids et de cycles tièdes. Il y a des phases de périodes glacières et d’autres de réchauffement climatique.
A toutes les ères la température a varié, elle est actuellement à 15°C, mais elle était globalement plus chaude à l’ère Secondaire et plus froide à l’ère Tertiaire.
L’ère quaternaire comprend le Pléistocène et l’Holocène. Les cycles sont beaucoup plus brutaux et rapide qu’auparavant, il existe 7 ou 8 grandes périodes glacières qui ont duré entre 100 et 150 milles ans et ils ont été entrecoupé par des périodes de réchauffement naturel, des périodes interglaciaire plus courtes d’environ 20 milles ans, comme celle que nous connaissons actuellement, l’Holocène, qui a environ 15 mille ans.
Quelles sont les conséquences de ces pulsations climatiques dans les déserts ?
Cela se caractérise dans ces derniers par des phases « humides » (les pluviaux) et des phases arides. Pendant une période pluviale, les déserts ont vu leur précipitation augmenter un peu, faisant ainsi augmenter la couverture végétale également et évoluer les rythmes de l’érosion qui c’est accéléré, notamment au début de ces phases pluviales, lorsqu’il n’y a alors pas assez de végétaux. Les formes liées à l’érosion du quaternaire sont très fraîches et très visibles.
3. Un exemple précis de l’évolution des déserts dans l’Holocène : le Sahara
Actuellement, le taux d’évaporation est élevé, tout comme la température, la nébulosité faible et les précipitations faibles également. On trouve cependant dans le cœur même du Sahara des héritages paysagers de ces variations climatique. (carte de l’évolution des limites du Sahara)
Il y a environ vingt milles ans, à la fin du Pléistocène, le Sahara s’étendait 300 à 400 km plus au sud qu’il ne l’est à l’heure actuelle. L’Holocène est une période de réchauffement globale, pour le Sahara il existe deux phases :
- 12 000 à 4 000 BP (Before Présent = 1950)
Les nuages envahissent le Sahara, les écoulements sont plus nombreux et un réseau hydrographique se met en place, on voit des lacs très étendu s’établir, y compris au cœur du Sahara. On estime que la pluviométrie était alors à 500 mm d’eau par an, là où elle n’est aujourd’hui qu’à 100 mm d’eau par an.
- Depuis 4 000 BP
L’aridité est croissante même si le Sahara connaît de courtes périodes d’optimum climatique où les précipitations reviennent, comme au 12e siècle.
Entre 9 000 et 8 000 BP, l’extension des lacs est maximale, il y avait des marécages, des lacs (dont la faune était composée de tortues, de la perche du Nil, etc…) et le cœur du Sahara ressemblait au Sahel, avec une steppe arborée où il y avait suffisamment de végétaux pour faire vivre de grands herbivores (Girafes, Zèbres, Hippopotames, etc…) et donc des carnivores (Lions, etc…)
On trouve des traces humaines de chasseurs, des pointes, des peintures, mais on trouve également des pasteurs élevant leurs animaux. Beaucoup de peuples étaient nomades, mais on trouve aussi les premières traces de fixation humaine, avec un début de sédentarisation autour des Lacs.
Les lacs se sont transformé depuis en Chott, la steppe s’est repliée petit à petit vers le sud et les bœufs ont été remplacé par les dromadaires au début de l’ère chrétienne, plus adapté pour les échanges en ce milieu.
En conclusion : Une bonne compréhension des paysages actuels nécessite d’appréhender le processus naturel à plusieurs échelles de temps :
- le temps présent qui nous renseigne sur les causes actuelles de l’aridité, les rythmes de l’érosion, les écoulements de surface sporadique
- l’ère Quaternaire pour expliquer les héritages actuels hydrographique, à une centaine de millions d’années où le climat n’est pas stable mais fluctuant
- des millions d’années depuis le Secondaire, notamment pour le cœur de l’Australie qui est aride depuis des temps très reculés.
Ces trois temporalités ne sont pas a dissocier, elles se superposent les unes aux autres.
Posté le 23.01.2008 par courslille3
Introduction
1) Le sens même du Désert.
L’étymologie du mot désert vient du latin deserta, c’est-à-dire lieu inhabité, lieu sauvage, c’est une vérité humaine plutôt que géographique et sur les portulans du début de l’époque moderne ce mot désignait encore des régions peu ou pas peuplées, notamment des milieux forestiers dans lesquels seuls quelques moines y habitaient.
Le problème est qu’avec cette définition, le sujet serait bien vaste, car nous pourrions parler de l’Amazonie ou du Grand Nord Canadien, le Désert sera ici étudié sous l’angle naturel.
Le désert représente toujours quelque chose pour les hommes, en France l’imaginaire du désert est le Sahara, mais aux Etats-Unis l’on imagine les déserts américains avec des cactus.
Il est difficile de cartographier les déserts, car les limites en sont floues, mais nous pouvons cartographier les régions arides ou semi-arides à l’aide de mesures concrètes.
La notion d’aridité est spatiale, elle n’est donc pas synonyme de sécheresse qui est une notion temporelle, correspondant à une période. Nous pouvons nous demander quels sont les seuils d’aridité permettant de différencier une région aride, ou semi-aride.
Cette délimitation est fondée uniquement sur les précipitations, en effet le seuil supérieur est de 500 mm/an, en dessous nous sommes dans le domaine des espaces semi-arides. S’il s’agit d’un seuil arbitraire, cette délimitation correspond à l’agriculture, au dessus de 500 mm/an il est possible de pratiquer l’agriculture sans irrigation. Ces espaces semi-arides correspondent au Sahel (frange méridionale du Sahara) ou aux déserts australiens.
En dessous de 250 mm/an, nous sommes dans le domaine des espaces arides, ce seuil correspond à l’impossibilité totale d’agriculture.
De 0 à 50 mm/an, nous sommes dans les espaces hyperarides, rares, la végétation disparaît ici totalement. Il s’agit du désert de Namib ou encore de l’Atacama.
Les climatologues préfèrent l’utilisation de l’évapotranspiration potentielle (ETP), qui représente la quantité idéale d’eau nécessaire à une plante, ce calcul s’effectue également en mm d’eau par an. En effet dans les régions chaudes, l’évaporation réduit davantage la disponibilité en eau, alors qu’il peut également exister des régions froides où il n’y a que de faibles précipitations.
2) Localisation.
- Les Déserts les plus extrêmes, hyperarides, aux précipitations extrêmement rares et aux températures, en été comme en hiver, chaudes. Ils sont situés en général prêt du littoral comme l’Atacama au Chili, le Namib en Namibie, le désert du Lut en Iran, le Takla-Makan en Asie centrale, ou encore certaines régions du Sahara.
- Les régions arides, Déserts à été chauds mais aux hivers frais, voir froids. Il pleut en certaines périodes de l’année. Il s’agit du désert du Nullarbor , de celui de Simpson en Australie, dans le Sahara autour du cœur hyperaride, ou encore en Arabie, en Asie centrale ou au Mujave aux Etats-Unis.
Les déserts américains sont particulier néanmoins en raison de la présence de cactus, mais aussi de leur diversité.
- Les régions semi-arides qui généralement bordent les précédentes régions, comme le Sahel. Il s’agit de bordures tropicales. Les exemples sont le Deccan en Inde, l’Anomalie Sèche au Kenya, le Nordeste brésilien, ainsi que certaines régions de Patagonie.
3) Pourquoi cette étude est d’actualité ?
Elle est d’actualité car ces régions sont habitées, en effet un tiers de la population mondiale vivrait dans des marges désertiques, et ce tiers connaît une forte croissance démographique, alors qu’il n’y a pas de croissance vis-à-vis de l’accès en eau.
Mais également car ces régions arides occupent une surface considérable, le tiers des surfaces émergées seraient concerné. 191 états sont de même concernés par la lutte contre la désertification. En effet, l’année 2006 fut proclamée Année Internationale des Déserts et de la désertification par l’Onu.
En 2005 est créée en Algérie la fondation des Déserts du monde.
5) Problématique du cours
C’est une réflexion sur la dimension temporelle qui est nécessaire dans cette étude géographique du Désert. Quelles sont les échelles de temps pertinentes pour concevoir la géographie actuelle des Déserts ? Il s’agit en effet de dynamiques qui sont parfois très anciennes.
On cherchera ainsi a comprendre la diversité et la complexité des rythmes humains et naturels, à replacer la thématique des discours actuels dans un cadre supérieur aux dizaines d’années précédentes dans lesquelles nous commençons a nous inquiéter des conséquences du réchauffement climatique.